Réforme des retraites des enseignants : "Il faut des chiffres. On attend une compensation en salaire sur l'ensemble de la carrière"

Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat d’enseignants Se-Unsa, était invité sur franceinfo samedi 30 novembre.

Stéphane Crochet, le 12 novembre 2018, à Paris.
Stéphane Crochet, le 12 novembre 2018, à Paris. (YANN FOREIX / MAXPPP)

Le gouvernement le reconnaît, les enseignants pourraient faire partie des perdants de la réforme des retraites si elle ne s'accompagne pas de revalorisations salariales. La profession s'apprête à se mobiliser massivement le 5 décembre. "Il faut des chiffres. On attend une compensation en salaire sur l'ensemble de la carrière, une compensation solide, en dure, pas quelque chose qui disparaîtrait du jour au lendemain", explique samedi 30 novembre sur franceinfo Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat d’enseignants Se-Unsa.

franceinfo : Quel est le problème exactement ?

Stéphane Crochet : Les enseignants n'ont quasiment pas de primes. Du coup, une réforme qui ne reste pas sur les six derniers mois (pour le calcul de la retraite) mais qui prend en compte l'ensemble des rémunérations et des primes sur l'ensemble de la carrière pour les enseignants, on n'a rien à prendre en plus. Aujourd'hui, le deal pour un fonctionnaire et particulièrement pour un enseignant c'est de ne pas particulièrement bien gagner sa vie pendant toute la première moitié de sa carrière, mais d'avoir une pension calculée sur le salaire des six derniers mois. Cela permet d'avoir des retraites tout à fait correctes. Là, le changement, ce serait de ne pas être payé bien cher pendant toute notre carrière, sauf un peu à la fin, mais au moment de la retraite vous descendez vraiment. Ca n'est pas possible.

Quelles sont la garanties annoncées par Edouard Philippe ?

Il faut des chiffres. On attend une compensation en salaire sur l'ensemble de la carrière, une compensation solide, en dure, pas quelque chose qui disparaîtrait du jour au lendemain. Le risque de prime, c'est qu'on nous dise dans cinq ans que le budget de l'Etat ne permet plus de les payer, ou d'avoir des primes individualisées qui ne permettent pas de savoir à quoi s'attendre au moment de la retraite. Cela fait depuis le mois d'avril que le président de la République dit qu'il y a un sujet pour les enseignants, qu'il faut travailler à la revalorisation des enseignants. Nous sommes au mois de novembre et il n'y a aucune annonce concrète.

D'après Jean-Paul Delevoye, l'intégration des primes des enseignants devrait prendre 10 ou 15 ans. Qu'en pensez-vous ?

Ce qui prendra surtout 10 ou 15 ans, c'est une revalorisation conséquente, à la hauteur des enjeux et du décrochage du salaire des enseignants par rapport à tous les homologues des autres pays ou même à l'intérieur de la France par rapport à toutes les autres catégories recrutées en Master. Mais s'il faut 10 ou 15 ans, il faut des premiers chiffres, des signes dès maintenant, acter et construire ça dans la loi. Ce qu'il nous faut ce n'est pas le mot "garantie", c'est la construction chiffrée de cette réévaluation des carrières.

Que pensez-vous de la clause du grand-père ?

Elle semble écartée par l'exécutif, si officiellement elle reste sur la table on voit bien qu'elle est sur le bord de la table, prête à tomber. Il s'agit surtout d'avoir de la visibilité, des réponses concrètes qui arrivent le plus vite possible pour que l'on sache où l'on va. Dire que l'on reporte à plus tard en actant des choses maintenant sans rien dire sur la revalorisation des enseignants ça nous poserait problème.