"On trouve des stratagèmes" : des salariés du privé se mobilisent avec difficulté contre la réforme des retraites

Dans certains secteurs, il est très mal vu de faire grève. Des salariés trouvent des contournements pour montrer leur désapprobation.

Des manifestants à Nantes le 17 décembre 2019.
Des manifestants à Nantes le 17 décembre 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

"On trouve des stratagèmes pour faire grève. Il y en a qui vont manifester sur leur pause déjeuner, ils rentrent travailler dans la foulée", témoigne celui que nous appellerons Célestin. Polytechnicien, cadre dans la finance, il fait partie du collectif Les Infiltrés, qui rassemble environ 300 cadres supérieurs et hauts-fonctionnaires. La semaine dernière, ce groupe a publié une tribune dans la presse, "Nous, cadres sup, aux côtés des grévistes", contre la réforme des retraites.

Si le mouvement de grève touche pour l'instant essentiellement des secteurs du public ou des entreprises publiques, des salariés du privé se mobilisent aussi, mais parfois avec difficulté. Célestin était dans la rue dès le 5 décembre contre la réforme, mais il a dû faire preuve d'imagination. "Quand il y a grève à l'école, il faut garder les enfants, ça c'est pratique, explique Célestin. Il y en a un des deux du couple qui garde les enfants et l'autre qui va manifester. Le cas le plus usuel, c'est de poser une journée de RTT, ce que moi j'ai fait, par exemple. On pose une RTT dans un simulacre de droit de grève qu'on ne peut pas avoir."

On va être vu comme un dangereux extrémiste, un hurluberlu, un fou furieux, quelqu'un qui remet en cause le système.Célestinà franceinfo

Célestin n'informe pas son patron, parce que dans son entreprise, faire grève est mal vu. "On se met forcément en marge de l'entreprise", explique-t-il. Selon lui, cet ostracisme amène souvent à des pressions : "Cela peut aller d'un peu de condescendance à un peu de sarcasme, voire un peu de harcèlement."

"Les gens ont véritablement peur, à terme, d'être licenciés, assure le cadre. Ils ne seront pas licenciés, bien évidemment, au motif qu'ils ont fait grève, mais c'est facile de trouver des motifs de licenciement, il ne faut pas se voiler la face."

"Logique individualiste"

Mais si les salariés du privé ont beaucoup de mal à se mettre en grève pour rejoindre les cortèges, c'est aussi parce que, selon Célestin, ces entreprises manquent d'esprit collectif. "Les gens sont dans une logique individualiste, par souci de se protéger eux-mêmes."

On est dans des environnements qui sont extrêmement peu syndiqués, donc les gens sont peu protégés, assez isolés.Célestinà franceinfo

"Pour qu'un mouvement prenne de l'ampleur, il faudrait qu'on y aille en masse, estime Célestin. On est dans les cortèges, mais on ne peut pas le faire officiellement. Véritablement, la pression est extrêmement importante. En tous cas, dans le milieu privé dans lequel je suis, ça ne se fait pas comme ça en claquant des doigts." En attendant, toutes les fois où il ne peut pas aller manifester, Célestin donne sa journée de salaire à une caisse de grève.

La difficile grève du secteur privé
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