Comment Emmanuel Macron souhaite faire travailler les Français davantage pour faire baisser les impôts

Le président de la République exclut de modifier l'âge légal de départ à la retraite, tout en incitant les salariés à quitter leur emploi après 62 ans.

Le président Emmanuel Macron donne une conférence de presse à l\'Elysée (Paris), le 25 avril 2019.
Le président Emmanuel Macron donne une conférence de presse à l'Elysée (Paris), le 25 avril 2019. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Travailler plus pour payer moins. Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 25 avril lors d'une conférence de presse, une baisse de l'impôt sur le revenu d'environ 5 milliards d'euros, dont les premières bénéficiaires devraient être les "classes moyennes".

Cette mesure favorable au pouvoir d'achat, principale revendication du mouvement des "gilets jaunes", nécessite toutefois d'être financée. Pour cela, le président a indiqué que "la Cour des comptes devra évaluer les sommes qui échappent à l’impôt". En clair, il souhaite mieux lutter contre l'évasion fiscale. L'évaluation des sommes qui échappent au fisc est un exercice complexe, mais celles-ci sont chiffrées, selon les sources citées par Le Parisien, entre 20 et… 100 milliards d'euros. Et si le chef de l'Etat a déjà annoncé que la suppression de "certaines niches fiscales" pour les entreprises et la baisse de la dépense publique permettront de combler une partie du manque à gagner, les Français devraient également être mis à contribution via l'augmentation du temps de travail. Franceinfo vous explique comment.

L'âge légal de départ à la retraite inchangé, mais...

Plusieurs idées pour faire travailler davantage les Français circulaient ces derniers jours au sein de la majorité. Emmanuel Macron a profité de sa conférence de presse pour en retoquer certaines, et affirmer sa préférence. Pas question pour lui de passer par la suppression d'un jour férié ("on a déjà essayé, et ça n'a pas très bien marché") ou l'allongement de la durée hebdomadaire légale de temps de travail, qui restera à 35 heures.

Reste la possibilité d'allonger la durée du travail avant de prendre sa retraite. Sur ce point, le chef de l'Etat a été un peu plus disert.

Travailler plus, ça peut se faire d'une autre manière. C'est d'allonger la durée des cotisations et de laisser le libre choix.Emmanuel Macrondevant la presse

Pour autant, Emmanuel Macron ne souhaite pas toucher à l'âge légal de départ à la retraite, actuellement fixé à 62 ans. Face à la presse, il a expliqué ne pas vouloir le faire car il s'y était engagé lors de sa campagne électorale de 2017, mais aussi car il estime que dans un contexte de chômage élevé, il serait difficile pour salarié en fin de carrière de trouver un nouvel emploi en cas de licenciement.

Inciter à prendre tardivement sa retraite

En fait, le chef de l'Etat souhaite inciter les Français à travailler davantage, sans les y obliger pour autant. "Ce sur quoi peut travailler le gouvernement avec le Parlement, c'est de regarder si on peut allonger la période de référence sans bouger l'âge légal, pour avoir un système de décote qui incite à travailler davantage, mais sans forcer tout le monde", a-t-il expliqué.

Concrètement, cela signifie qu'un salarié qui décide de partir à la retraite à 62 ans devrait, dans la plupart des cas, patienter quelques années avant de toucher une retraite à taux plein. Actuellement, ce passage à une retraite à taux plein s'effectue aux alentours de 64 ans, explique le quotidien Les Echos. Le prochain système actuellement étudié par le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye devrait donc intégrer une décote pour inciter à partir plus tard.

Interrogé à la fin mars par Le Journal du dimanche, Jean-Paul Delevoye vantait son projet de réforme, qui devrait mettre en place un nouveau "système universel à points" pour le calcul des pensions. Et évoquait déjà le "libre choix", qui était une des formules assénées par Emmanuel Macron jeudi.

Ce que nous proposons, c'est de passer d'un modèle de contrainte à un modèle qui offre plus de liberté dans les choix et qui responsabilise les individus.Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraitesau "Journal du dimanche"

"Dans un régime par points, on passe de droits dépendant en grande partie d'une durée d'assurance à des points accumulés à chaque période travaillée. Plus on souhaite en avoir, plus on poursuit sa carrière. C'est ça, le libre choix. Et c'est une aspiration forte de nos concitoyens", expliquait le haut-commissaire à l'hebdomadaire.

Cette "option permet de dégager des économies pour réinvestir dans des baisses d'impôts" mais aussi dans les "petites retraites de ceux qui ont travaillé tout le long de leur vie", a estimé Emmanuel Macron pour clore le sujet.