Rapport sur les autoroutes : les renationaliser, "c'est défendre l'intérêt général et la transparence sur les coûts des péages", défend un sénateur PCF

Éric Bocquet, sénateur PCF du Nord, a participé à une commission d'enquête sur les concessions d'autoroute. Il pointe notamment les milliards de dividendes versés aux actionnaires.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
L'autoroute A7 près de Valence, dans la Drôme. (ST?PHANE MARC / MAXPPP)

Invité vendredi 18 septembre sur franceinfo, Éric Bocquet, sénateur PCF du Nord, a défendu l'idée de renationaliser les sociétés concessionnaires d'autoroutes, parce que "c'est défendre l'intérêt général, c'est garantir l'aménagement du territoire et la transparence sur les coûts des péages". En tant que vice-président de la commission d'enquête au Sénat, il s'est abstenu lors du vote du rapport, qui appelle les concessions autoroutières à "partager équitablement les profits futurs avec l'Etat et les usagers", parce que cette idée de renationalisation n'a pas été retenue.

Il dénonce l'attitude des sociétés d'autoroutes qui "défendent leur bout de gras". Pour Eric Bocquet , "il faut reprendre la main sur la gestion des autoroutes. Créons une société à capitaux publics qu'on appellerait Autoroutes de France".

franceinfo : Vous êtes vice-président de cette commission d'enquête mais vous avez décidé de vous abstenir lors du vote de ce rapport. C'est très paradoxal. Pourquoi cette décision ?

Éric Bocquet : Pour une raison très simple. Autant je partage pleinement les constats qui ont été faits, la qualité des travaux menés pendant ces six mois d'auditions, mais le scénario de la renationalisation, qui est une position que notre groupe porte depuis des années au Sénat et ailleurs, n'a pas été retenu. Il a été balayé d'un revers de la main comme scénario possible de sortie au nom de la dette. J'en conclus qu'on a privatisé en 2006 les autoroutes au nom de la dette, et pour le même motif aujourd'hui au nom de la dette, la majorité des collègues de la commission d'enquête estiment que l'idée d'une renationalisation est tout à fait inabordable, inaccessible.

On peut lire dans ce rapport qu'il est impératif de ne plus prolonger la durée des concessions qui devraient arriver à échéance à partir de 2031, ça ne vous suffit pas ?

Dans 11 ans, c'est dans 11 ans. Et dans le rapport, vous avez vu aussi que les dividendes annoncés pour les 11 années restantes des contrats de concession s'élèvent à 40 milliards d'euros. C'est pratiquement le coût que générerait aujourd'hui le rachat par l'État de ces concessions. Et encore, c'est un coût estimé par Bercy, qui aurait sans doute besoin de l'affiner, à mon avis, bien au-delà. Bruno Le Maire parle de son côté de 45 à 50 milliards d'euros. Aujourd'hui, on emprunte sur les marchés financiers à taux négatif. C'est l'occasion d'emprunter et de faire de la dette pour reprendre la main sur la gestion des concessions d'autoroutes. C'est de l'investissement utile pour demain. C'est défendre l'intérêt général, c'est garantir l'aménagement du territoire, c'est garantir la transparence sur les coûts des péages, c'est associer les usagers davantage à la gestion de ce patrimoine public qui a été financé en son temps par de l'argent public.

On peut récupérer les autoroutes, mais est-ce que l'État a les moyens de les entretenir ensuite ?

Il faut que l'Etat se redonne les moyens. Parce qu'effectivement, l'État, les gouvernements successifs, au nom de la dette, au nom de la réduction de la dépense publique, ont réduit considérablement les moyens humains et techniques. Je pense à la DDDE [ex-direction départementale de l'équipement] en son temps. Mais l'État est tout à fait capable d'assumer cette ingénierie, comme ce fut le cas autrefois. Et ce n'est pas un discours nostalgique. C'est aussi un moyen d'assurer la transition écologique qui devient une urgence. Comme chacun le sait.

En juillet dernier, Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Transports, rappelait que le projet n'était absolument pas dans les tiroirs. Est-ce-que, du coup, vous avez tout de même l'espoir d'être entendu ?

Écoutez, c'est dommage pour ce qui est de M. Djebarri, car quand il était député de la République en marche en juillet 2019, il faisait exactement la même proposition que celle que nous portons aujourd'hui : créer une société à capitaux publics dont l'emprunt serait porté par cette société et l'emprunt remboursé par les tarifs de péage qui deviendraient alors transparents. Donc, M. Djebbari, on l'a auditionné. Il a effectivement dit que cette idée n'avait pas prospéré au sein du gouvernement. Je constate qu'il a changé d'avis entre temps. Les sociétés d'autoroutes, on les a auditionnées et évidemment, elles défendent leur bout de gras. C'est légitime. C'est de gros enjeux. Il s'agit de milliards d'euros de dividendes versés aux actionnaires. Donc, on a auditionné Vinci, on a auditionné Eiffage et leur discours ne m'a pas surpris. Je pense que c'est un sujet politique. C'est un sujet citoyen. La situation est connue. Le scandale est sous nos yeux. Il est temps d'y mettre fin. Je regrette que nous restions au milieu du gué. Ce sujet n'est pas enterré. Le débat va continuer. Les "gilets jaunes" avaient porté cette question en leur temps, à leur manière. C'est un sujet citoyen qui révolte régulièrement l'ensemble des usagers qui en ont assez d'engraisser les dividendes des actionnaires. Il faut reprendre la main sur la gestion des autoroutes. Créons une société à capitaux publics qu'on appellerait Autoroutes de France.

Que pensez-vous de l'une des propositions avancées par la commission de moduler les tarifs suivant les véhicules ?

Dans l'urgence, oui, ça au moins, ça pourrait soulager dans l'immédiat les usagers qui sont obligés de prendre l'autoroute pour aller au travail. Là, peut-être qu'il y a quelque chose à faire immédiatement. C'est toujours bon à prendre. Mais sur le fond, il y a encore du chemin à parcourir.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.