Pourquoi les augmentations salariales en France seront-elles parmi les plus basses d'Europe ?

Pour Dominique Meurs, économiste du travail, le classement de la France parmi les augmentations salariales les plus basses d'Europe, en 2017, s'explique par un fort taux de chômage, une faible croissance et une représentation syndicale limitée.

Photo de bulletins de salaire.
Photo de bulletins de salaire. (LIONEL VADAM / MAXPPP)

Le cabinet de recrutement américain, Korn Ferry, a publié une étude sur les augmentations salariales en 2017. L'analyse est basée sur des données de près de 20 millions de salariés dans plus de 110 pays. Il en ressort que les Français auront les augmentations salariales les plus basses d'Europe avec une hausse de seulement 1,5%. Dominique Meurs, économiste du travail et professeur à l’université Paris Ouest-Nanterre-La Défense, a avancé, jeudi 22 décembre sur franceinfo, plusieurs explications comme le taux de chômage, la croissance et une faible représentation syndicale .

franceinfo : Comment expliquez-vous que la France soit l'un des pays où les salaires risquent d'augmenter le moins ?

Dominique Meurs : En France, on a un taux de chômage vraiment élevé par rapport à d'autres pays qui vont avoir des augmentations de salaire plus importantes. En Europe de l'Est, ils sont à peu près à 6% de taux de chômage. En France, nous sommes à 10% et ça pèse beaucoup. De plus, les salariés ne sont pas en position de force. Les syndicats ne sont pas très puissants, en France, en terme de représentation. On a moins de 10% de salariés syndiqués. Globalement, nous sommes dans une phase où la croissance de la productivité est relativement faible comparativement à d'autres pays, comme l'Asie par exemple. Tout cela joue sur une certaine dépression des salaires.

Est-ce qu'il faut s'habituer à des carrières avec peu d'augmentations dans les années à venir ?

La situation va dépendre fondamentalement de l'état du marché du travail, des gains de productivité et des changements technologiques qui vont se diffuser progressivement dans toute l'économie. Ces éléments peuvent quand même bouleverser les équilibres. Je pense qu'on est dans une période de grande incertitude là-dessus.

Que peut-on espérer pour l'économie française, pour les salariés et les salaires dans l'avenir ?

Dans l'immédiat, comme ce sont des mouvements très longs, je ne vois pas de rupture de série. La hiérarchie salariale est stable. Les salaires progressent peu. La croissance est faible. En revanche, à plus long terme, des choses seraient importantes à faire, principalement dans le domaine de l'éducation. Avec les mutations qui vont se produire, des besoins de nouvelles qualifications et de nouvelles compétences vont émerger. Là, il faudrait vraiment des changements au niveau du système éducatif, pour éviter des pénuries de main d’œuvre dans certains secteurs.

"Les syndicats ne sont pas très puissants, en France, en terme de représentation", Dominique Meurs.
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