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"Un mannequin sur deux commence sa carrière à 14 ans"

Le magazine "Vogue" s'est engagé à ne plus publier de photos d'adolescentes trop jeunes et trop maigres dans ses pages. Frédéric Godart, sociologue de la mode, réagit. 

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Propos recueillis par - Julie Rasplus
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une couverture de l'édition britannique du magazine de mode "Vogue".  (VOGUE)

L'accord pourrait faire date dans le monde de la mode : les dix-neuf éditions du magazine Vogue se sont engagées, jeudi 2 mai, à faire disparaître de leurs pages les mannequins ultra-jeunes, maigres et exsangues. Un pacte en six points à paraître en juin stipule que le magazine de mode ne travaillera plus avec des tops de moins de 16 ans et "qui semblent avoir des troubles du comportement alimentaire". FTVi a demandé l'avis de Frédéric Godart, sociologue de la mode, intervenant à l'Institut européen d'administration des affaires (Insead). 

FTVi : Est-ce que cette décision est tenable pour le magazine ? 

Frédéric Godart : Il s'agit d'une décision courageuse de la part de Vogue, attendue et nécessaire. Elle a d'ailleurs été saluée par l'industrie de la mode. Depuis quelques années, les choses avancent sur ces questions. Le documentaire Picture me, où l'ancienne mannequin Sara Ziff mettait en scène l'envers de la mode, a provoqué un tollé général en 2009. Plus tôt, en 2006, le décès de deux mannequins [l'Uruguayenne Luisel Ramos et la Brésilienne Ana Carolina Reston], mortes d'anorexie, avaient lancé le débat. Un certain nombre d'acteurs avaient alors décidé d'agir, New York, Madrid et Milan s'engageant à ne pas faire défiler des mannequins trop maigres lors des semaines de la mode [aussi appelées Fashion Week]. La décision de Vogue complète ces précédentes mesures. Et cela pourrait se généraliser aux magazines. 

Les rédactrices en chef de Vogue mettent en place une limite d'âge pour leurs mannequins...

C'est une bonne chose. Jusqu'à présent, l'âge des tops était peu mis en avant. Plus d'un mannequin sur deux commence le métier autour de 14 ans. Ces jeunes filles ne sont pas scolarisées, pas préparées, exploitées. Il y a des problèmes de drogue, des rythmes de travail infernaux, surtout à l'approche des semaines de la mode. Cette fois, Vogue reconnaît le problème. Mais ce n'est pas encore parfait : 16 ans, c'est très jeune. 

Le groupe souhaite aussi promouvoir l'image de corps "en bonne santé" uniquement. Mais qu'est-ce qu'un corps "en bonne santé" dans l'industrie de la mode ? 

C'est tout le problème et vous mettez le doigt dessus. Les médecins disent en général qu'un indice de masse corporel inférieur à 18 n'est pas très bon. Ce n'est pas un corps sain et surtout, ce n'est pas tenable à long terme pour les jeunes filles. Quand vous demandez aux designers pourquoi ils font appel à des mannequins si maigres, ils vous disent que c'est juste une image fantasmée. Et pour eux, c'est important d'avoir des corps maigres car cela met en valeur le vêtement. 

Vous saluez la décision de Vogue mais, concrètement, les rédactrices en chef vont recourir davantage au logiciel Photoshop pour avoir les mêmes résultats...

(Rires) Vous avez sans doute raison. L'image véhiculée par la mode est fantasmée, irréelle, surréaliste. Mais ce qui compte, c'est ce qu'il y a derrière. La priorité est de protéger ces adolescentes. Vous soulevez deux questions, qui sont liées. La première : dans quelles mesures les mannequins peuvent-elles être protégées ? L'autre, c'est le débat sur la représentation des corps. Sur ce point, la décision de Vogue ne change rien pour le moment. Elle ne règle qu'une partie des problèmes, mais c'est une avancée. Et Vogue est assez influent pour que les autres suivent. Sur toutes ces questions, la sauce prend. 

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