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Reporters de guerre, simples journalistes envoyés en mission, ils risquent leur vie pour les besoins de l'information

Les journalistes ont souvent été la cible d'enlèvement dans les conflits au Proche et Moyen-Orient. A chaque fois, le gouvernement a nié toutes négociations avec les kidnappeurs, même si l'on a parlé de rançons allant jusqu'à 15 millions d'euros pour Christian Chesnot et Georges Malbrunot. De 1985 à 2010, retour sur les principaux faits.
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France Télévisions
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 (AFP)
Les journalistes ont souvent été la cible d'enlèvement dans les conflits au Proche et Moyen-Orient. A chaque fois, le gouvernement a nié toutes négociations avec les kidnappeurs, même si l'on a parlé de rançons allant jusqu'à 15 millions d'euros pour Christian Chesnot et Georges Malbrunot. De 1985 à 2010, retour sur les principaux faits.

Jean-Paul Kaufman (22 mai 1985 - 4 mai 1988)

Le grand reporter de l'Evènement du Jeudi est enlevé le 22 mai 1985 à Beyrouth alors qu'il vient d'arriver au Liban pour faire un reportage. Il est alors en compagnie du chercheur Michel Seurat qui sera enlevé avec lui par l'organisation intégriste libanaise du Djihad islamique. Ils se retrouvent otages aux côtés de deux diplomates enlevés deux mois auparavant, Marcel Carton et Marcel Fontaine.

Les visages de trois de ces hommes feront l'ouverture du journal d'Antenne 2 jusqu'au 4 mai 1988. Seurat est exécuté en mars 1986. Les restes de son corps seront retrouvés dans la banlieue de Beyrouth en novembre 2005.

La presse se fait écho de leur captivité. Des comités de soutien sont montés, avec à leur tête Joëlle Kauffmann la femme du journaliste, et les Français manifestent pour leur libération. Jacques Chirac, alors Premier ministre, reconnaîtra que la présence constante de J.Kauffmann et son énergie pour faire libérer son mari, le décompte quotidien à 13h du nombre de jours de détention et la pression constante du comité de soutien, aura été un rappel déterminant dans la nécessité d'accélérer les négociations.

Jean-Paul Kauffmann est devenu un auteur à succès (La Chambre noire de Longwood, La Maison du retour).

Jean-Louis Normandin (8 mars 1986 - 27 novembre 1987)

Une équipe de journalistes d'Antenne 2 venue filmer une manifestation du Hezbollah au Liban est enlevée le 8 mars 1986. Philippe Rochot (photo haut gauche) et Georges Hansen (haut droite) sont libérés le 7 juin, Aurel Cornéa (bas gauche) le 24 décembre. Jean-Louis Normandin restera aux mains de ses ravisseurs jusqu'au 27 novembre 1987, 628 jours plus tard.

Retraité de France 2 depuis 2008, Jean-Louis Normandin (bas droite) est désormais le président de l'association "Otages du Monde ", qui a pour but de soutenir les otages, via une mobilisation et un soutien psychologique à leur sortie. L'association a essayé à plusieurs reprises de proposer un projet de loi sur le statut de l'otage.

Le site: OTAGES DU MONDE

Roger Auque (13 janvier 1987 - 27 novembre 1987)

Correspondant de guerre pour RTL, il est enlevé en janvier 1987. Il sera libéré après 317 jours de captivité. Son histoire est relaté dans le livre "Un otage à Beyrouth" qui deviendra à l'écran "Hors la vie " de Maroun Bagdadi, Prix spécial du Jury à Cannes en 1991.

Roger Auque est désormais ambassadeur de France en Erythrée.

Georges Malbrunot et Christian Chesnot (20 août 2004 - 21 décembre 2004)

Respectivement journalistes pour Le Figaro et RFI, ils sont enlevés avec leur chauffeur irakien au sud de Bagdad durant la seconde guerre du Golfe. Leur enlèvement est revendiqué par l'Armée islamique en Irak. Cette dernière prétend vouloir l'annulation de la loi française sur la laïcité. Une campagne internationale se met en place pour leur libération. Des messages sont lus quotidiennement sur France Inter. Les représentants des musulmans de France, Le comité des oulémas musulmans et même Yasser Arafat réclament leur libération. Des manifestations ont lieu à Paris et à Bagdad.

Christian Chesnot (photo bas) travaille désormais pour France Inter. Georges Malbrunot (haut) a repris ses fonctions pour Le Figaro.

Florence Aubenas (5 janvier 2005 - 12 juin 2005)

A peine Chesnot et Malbrunot libérés, une nouvelle journaliste française est enlevée en Irak. Partie réaliser un reportage sur les réfugiés de Falloujah pour le quotidien Libération, elle est enlevée avec son accompagnateur à l'université de Bagdad. Sa captivité reste en mémoire pour les nombreuses vidéos d'elle qui parviendront aux médias. On la voit de plus en plus amaigrie, fatiguée par ses mois de détention.

Comme pour ses collègues, des comités de soutien sont mis sur pied. Son portrait est affiché sur la façade de la Mairie de Paris. Sa libération est annoncée après 157 jours de captivité le 12 juin 2005.

Elle travaille désormais pour Le Nouvel Observateur et est la marraine du comité de soutien de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, otages en Afghanistan depuis le 29 décembre 2009. En juillet 2009, elle est nommée à la tête de l"Observatoire international des prisons.

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier (29 décembre 2009 - )

Les deux journalistes de France 3 étaient partis enquêter pour l'émission "Pièces à conviction". Ils sont enlevés le 29 décembre 2009 avec leurs trois accompagnateurs par les talibans, au nord-est de l'Afghanistan. Pendant 100 jours, leurs noms sont tus à la demande des autorités françaises qui tentent de négocier leur libération. Une vidéo faite par leurs ravisseurs réclame la libération de prisonniers talibans en échange de leur libération. Leurs proches haussent le ton, mettent des noms et des visages sur ces absents pour mobiliser davantage. Les médias relaient la pression du comité de soutien qui compte rapidement de nombreux journalistes et anciens otages comme Florence Aubenas. Le décompte du nombre de jours de captivité s'égrène quotidiennement dans les journaux de France Télévisions.

A l'étranger, l'Américain Terry Anderson, chef du bureau Moyen-Orient de l'Associated Press, a connu la plus longue captivité pour un journaliste. Enlevé le 16 mars 1985 par le Hezbollah afin de contraindre les Américains à quitter le Liban, il ne sera libéré que le 4 décembre 1991. Il a déclaré à sa libération qu'il pardonnait ses ravisseurs.

Le cas le plus célèbre de journaliste étranger enlevé restera celui de Daniel Pearl. Il était partie en janvier 2002 mener son enquête sur Richard Reid, l'homme qui avait tenté de faire exploser un avion avec une bombe cachée dans ses chaussures. Il est enlevé le 23 janvier 2002 à Karachi (Pakistan). Ses ravisseurs, proches d'Al-Qaïda, prétendent qu'il était un espion juif. Il sera égorgé face à une caméra et la vidéo envoyée à ses proches.

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