"C'est de la cuisine comme dans les grands restaurants" : dans les coulisses de la réalisation télévisée du Tour de France

Les audiences du Tour de France sont très bonnes cette année 2020. Franceinfo a pu suivre les coulisses de cette super-production qui, elle aussi, a dû s'adapter à la pandémie de coronavirus.

Article rédigé par
Fanny Lechevestrier - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un hélicoptère filme la 14e étape du Tour de France 2020, le 12 septembre 2020. (MARCO BERTORELLO / AFP)

Sept ans, depuis 2013, que les audiences du Tour de France n'avaient été aussi bonnes. Et pas seulement en France. Les images de la 107e édition du Tour cartonnent dans les 190 pays dans lesquelles elles sont diffusées. "Le Tour, en fait, c'est un match de foot mais avec plusieurs ballons sur le terrain, donc cela se passe à l'avant, au milieu dans le peloton, à l'arrière. Il faut avoir des yeux partout." L'image est signée Philippe Letourneur, adjoint d'Anthony Forestier à la réalisation de cette Grande Boucle pas comme les autres en raison de l'épidémie de coronavirus.

Le camion-régie pour la la retransmission des images du Tour de France en direct par France Télévision, septembre 2020. (FANNY LECHEVESTRIER / RADIO FRANCE)

Tous deux installés dans un grand camion blanc équipé de dizaines d'écrans sur la ligne d'arrivée et avec une dizaine d'assistants, ce sont eux qui fournissent chaque jour le film de la course à travers le monde. Le Tour de France arrive bientôt à son terme mais avant d'arrivée sur les Champs-Elysées dimanche, place à la 19e étape, vendredi 18 septembre, entre Bourg-en-Bresse et Champagnole, de l'Ain au Jura.

Un repérage stoppé par le confinement

La réalisation de ce Tour est un travail de longue haleine, débuté il y a six mois par le repérage de toutes les étapes mais que la période de confinement a fortement perturbé. "On avait prévu de faire tous nos repérages, notre roadbook comme on l'appelle dans notre jargon, de février à fin mai, explique ainsi Anthony Forestier, et tout a été stoppé par le confinement. Il a fallu travailler un peu plus avec internet, la 3D, pour défricher un peu le parcours. Et après, quand on nous a permis de repartir, on a fini notre repérage vers le 14 juillet." Le tout avec un changement plutôt bien apprécié par rapport à d'habitude : les cols n’étaient plus enneigés en juillet !

Les équipes de réalisation font des repérages avant le début du Tour de France pour sélectionner les lieux à montrer pendant la course, septembre 2020. (FANNY LECHEVESTRIER / RADIO FRANCE)

Le coronavirus qui a aussi des conséquences au quotidien dans la façon de filmer. Déjà, avec un report en septembre, la nature n'est plus la même, les champs de lavande repérés en juillet pour une séquence par exemple ne sont plus en fleurs aujourd'hui : "Beaucoup de plans qu'on avait prévus doivent être mis à la poubelle".

Dans le car-régie, on a tous été surpris par le calme. On entend beaucoup les roues des vélos.

Anthony Forestier, réalisateur

à franceinfo

Autre changement : "les montées de col avec beaucoup moins de public et des personnes masquées, cela perd par moment un peu de saveur, donc on essaie de faire des plans un peu plus larges. En revanche, on ne triche pas, on ne rajoute pas de fausses ambiances comme dans les stades", souligne Anthony, dont c'est le premier Tour en tant que réalisateur en chef. Mais ce qui l'a sans doute le plus surpris depuis le début du Tour, lui et son équipe, c'est le calme des montées de col notamment: "Cette année, on entend plus les cyclistes échanger, les petites rigolades entre coureurs et le bruit des vélos aussi, le bruit des roues. Cela fait un bruit dingue !"

"Un documentaire en direct"

Comment l'équipe fonctionne et choisit les images ? "Comme une cuisine dans les grands restaurants, explique Philippe Letourneur. Anthony est le chef-cuisinier et il a, autour de lui, sa brigade, différentes petites mains, qui l'aident à confectionner les plats." Ainsi, tout au long de l'étape, Anthony Forestier reçoit dans son casque une multitude de sons, d'informations, des cinq motos-course, de l'ancien maillot jaune Ronan Pensec, présent en tant que consultant sport, ou encore de Bernard Chaudot. Ce dernier est en charge de la stratégie des deux hélicoptères sur le Tour et qui tente de montrer la course grâce aux hélicos mais aussi les paysages et le patrimoine français. "C'est l'un des seuls événements sportifs qui permet de faire un documentaire en direct, en montrant les à-côtés", souligne Bernard Chaudot, et d'ajouter : "Priorité au sport mais dès que c'est possible, on envoie un hélico un peu plus loin, jusqu'à 25 kilomètres à droite ou à gauche du parcours pour aller chercher un château et mettre en avant le patrimoine de la France."

"C’est le Tour de la France"

Car Anthony Forestier y tient, même face aux critiques sur les réseaux sociaux, le Tour ne doit pas être exclusivement réservé aux amateurs de cyclisme : "Il ne faut pas faire ce travail-là si tu n'es pas prêt à entendre les critiques. C'est un peu comme les sélectionneurs de l'équipe de France de football. Il y en a qui trouvent qu'il y a trop de vélo, d'autres pas assez. Il y en a qui trouvent qu'on montre trop de paysages, d'autres pas assez. Moi, je vais juste reprendre la phrase de mon prédécesseur Jean-Maurice Ooghe : ‘Le Tour, c'est le Tour de la France’. Après, à nous d'avoir le bon dosage entre le patrimoine et le vélo."

Jusqu'à maintenant, les audiences leur ont donné raison avec rien que pour la journée de mercredi, un pic encore à plus de 6 millions de téléspectateurs en France.

Dans les coulisses des images du Tour - le reportage de Fanny Lechevestrier - 0
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