"Vous êtes encore là ?" : quatre ans après l'attentat, "Charlie Hebdo" dénonce une société "lasse" des combats du journal

L'hebdomadaire satirique publie un numéro commémoratif, samedi 5 janvier, dans lequel il est finalement peu fait mention de l'attentat dont la rédaction a été victime.

La une du numéro de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015 est tenue devant le siège du journal, attaqué quelques jours plus tôt.
La une du numéro de Charlie Hebdo du 14 janvier 2015 est tenue devant le siège du journal, attaqué quelques jours plus tôt. (MAXPPP)

Sa sortie intervient presque quatre ans après l'attentat contre Charlie Hebdo. L'hebdomadaire satirique publie, samedi 5 janvier, un numéro commémoratif dans lequel il dresse le portrait sombre d'une société française "anti-Lumières".  "Beaucoup se sont déjà lassés" des combats du journal, écrit la rédaction de Charlie Hebdo. La couverture de ce numéro spécial montre sur fond noir un évêque et un imam soufflant sur la flamme d'une bougie, dont la lumière éclaire le dessin qui avait fait la une du numéro historique du 14 janvier 2015, "Tout est pardonné".

Dans un édito coup de poing, intitulé "Vous êtes encore là ?", le dessinateur Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, déplore que "depuis quatre ans, la situation à l'égard du totalitarisme islamiste n'a fait que se dégrader. Comme la créature d'Alien qui pond ses œufs sans interruption, le blasphème a fait des petits. (...) Tout est devenu blasphématoire".

"On oublie ce qui nous est arrivé"

Hormis l'édito, ce numéro spécial de l'hebdomadaire fait peu mention de l'attentat du 7 janvier 2015, qui avait fait 12 morts. Sur la double page centrale, un dessin de Juin montre des "obscurantistes" en train de célébrer l'anniversaire de l'attentat : on y voit notamment le pape, plusieurs membres de la famille Le Pen, Dieudonné, Eric Zemmour, Donald Trump, Cyril Hanouna ou encore Michel Houellebecq.

"Ce ne sont pas seulement nos histoires personnelles [qu'on oublie], c'est aussi ce qu'a signifié ce qui nous est arrivé. On a l'impression qu'on tourne le dos à ça, alors qu'à notre avis ces phénomènes de réactions rétrogrades sont toujours présents, encore plus qu'il y a 4 ou 5 ans", explique Riss à l'AFP. "Ce n'est plus uniquement une hostilité qui vient d'extrémistes religieux mais aussi d'intellectuels", s'inquiète-t-il.