Vidéo Sept ans après l'attentat contre Charlie Hebdo, "on en est encore à lutter contre des choses qu'on pensait disparues", regrette Riss

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Dans un numéro spécial, le directeur de la rédaction de "Charlie Hebdo" alerte sur "le mythe de l'islamiste cool", celui qui veut faire "croire que sa conception de la société peut être compatible avec nos valeurs démocratiques".

"On en est là en 2022, on en est encore à lutter contre des choses qu'on pensait disparues d'une société moderne, démocratique", regrette le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, Riss, mercredi 5 janvier sur franceinfo, à l'occasion de la parution d'un numéro spécial de l'hebdomadaire satirique, sept ans après l'attentat islamiste qui a décimé sa rédaction.

franceinfo : Vous avez écrit un édito sur ce que vous appelez "le mythe de l'islamiste cool". C'est quoi ?

Riss : C'est un islamiste qui fait croire que sa conception de la société peut être compatible avec nos valeurs démocratiques, qui n'est pas forcément agressif ou pas forcément violent, mais qui impose tout doucement ses méthodes et ses règles religieuses à tout le monde et personne n'ose rien dire. Quand vous lisez les témoignages de certains jihadistes qui sont incarcérés dans les prisons françaises - je pense, par exemple, à des témoignages qui ont été collectés par le chercheur Hugo Micheron - c'est ce qu'ils disent. Ils disent clairement qu'il faut changer de stratégie, qu'il faut pénétrer la société française autrement que par la violence et l'intimidation, parce que ça ne fonctionne pas. C'est une sorte de militantisme un peu de terrain, de tous les jours. Il y a des exigences qui ne sont a priori pas aberrantes, on n'ose pas s'y opposer, dans les écoles, dans les entreprises. Et au bout du compte, à la fin, ça crée un climat où la religion s'impose alors qu'elle devrait pas être présente à ce point.

Quelle différence y a-t-il entre votre discours et celui d'Éric Zemmour sur le prétendu "grand remplacement" ?

On voit bien que ces discours, quand ils sont tenus par des gens comme Éric Zemmour ou par Marine Le Pen, sont un peu le cheval de Troie d'un discours xénophobe et anti-immigrés. On voit bien que leur obsession, c'est l'immigration. Donc, je crois qu'il faut découpler ça des questions migratoires. C'est ce qui pervertit. C'est ce qui fait qu'on a du mal aussi à bien comprendre ce qui se passe. L'extrême droite crée un amalgame entre ces questions de religion dans la société et l'immigration. Or, ce n'est pas du tout notre discours. Ce sont deux choses différentes et je crois qu'il faut les aborder différemment.

Vous avez assisté à plusieurs jours du procès des attentats du 13-Novembre. Pourquoi ?

Pour voir un peu l'ampleur de la tâche qui attendait les magistrats. Comment arriver à rendre clair ce qui n'est pas clair. Dans ce genre de procès, comme celui de l'attentat ayant visé Charlie Hebdo, au début, tout est confus. Il y a énormément d'informations qu'on ne comprend pas soi-même, même quand on est victime, et c'est vrai qu'on attend d'un procès qu'il soit pédagogique. C'est sûr que c'est toujours un peu intrigant d'avoir en face de soi des gens qui ont semé la mort, qui ont cherché à nous tuer. On sait qu'ils sont humains. Ça, ce n'est pas un scoop. C'est malheureusement terriblement humain de vouloir tuer son prochain, ce n'est pas très original. Il s'agit d'essayer de comprendre ce qu'ils ont dans la tête.

Et qu'ont-ils dans la tête ?

Je ne suis malheureusement pas très surpris. C'est quand même assez pauvre intellectuellement. Ce sont des raisonnements assez médiocres. C'est vraiment bas de plafond, ça ne vole pas haut.

"En fait, cette pensée islamique, c'est une espèce de totalitarisme où il faut imposer aux autres sa conception sous prétexte qu'elle est d'essence divine. On en est là en 2022."

Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo

à franceinfo

On en est encore à lutter contre des choses qu'on pensait disparues d'une société moderne, démocratique.

Vous arrive-t-il de ne pas penser, pendant quelques heures, à ce qui est arrivé le 7 janvier 2015 ?

Quelques heures, oui, mais c'est vrai que l'on y pense tout le temps. Je pense que c'est comme ça pour toutes les victimes d'attentats, celles du 13-Novembre à Paris et à Saint-Denis ou du 14-Juillet à Nice. Ce n'est plus la même vie qu'avant. Ce n'est pas possible de retrouver la vie d'avant. C'est difficile à décrire, mais on est obligés de vivre avec une partie de soi qui est amputée. C'est comme une amputation. C'est la moitié de ma vie. Tous ces gens que j'ai connus, qui m'ont apporté des choses, avec qui j'ai travaillé pendant des années, qui ne sont plus là, qui sont partis d'une manière anormale, d'une manière violente... Ils nous ont été retirés, on nous les a volés. On nous a volé une partie de nous-mêmes.

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