Bilan annuel de RSF : sur les 58 journalistes tués dans le monde en 2016, "les trois quarts sont sciemment visés"

D'après le bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF) publié lundi, 58 journalistes ont été tués dans le monde en 2016. Selon Virginie Dangles, rédactrice en chef de RSF, qui a réagi sur franceinfo, ils sont sciemment visés. 

Des journalistes et des activistes montrent des photos de journalistes prisonniers en Turquie, le 8 novembre 2016 à Istanbul.
Des journalistes et des activistes montrent des photos de journalistes prisonniers en Turquie, le 8 novembre 2016 à Istanbul. (YASIN AKGUL / AFP)

En 2016, 58 journalistes ont été tués dans le monde en raison de leur profession, contre 67 en 2015, selon le bilan annuel de Reporters sans frontières (RSF) publié lundi 19 décembre. Si on ajoute les journalistes non-professionnels le nombre monte à 75. "Ce qu'on peut noter, c'est que les trois quarts des journalistes sont sciemment visés. Ce ne sont pas des victimes collatérales, ce sont des journalistes clairement identifiés, traqués et assassinés", a expliqué lundi sur franceinfo Virginie Dangles, rédactrice en chef de RSF.

franceinfo : Le nombre de journalistes tués dans le monde en 2016 est en baisse par rapport à 2015, mais est-ce une baisse en trompe-l’œil ?

Virginie Dangles : Cinquante-huit journalistes professionnels ont été tués. Cette année, RSF a fait le choix d'inclure le chiffre des journalistes citoyens, et donc 75 journalistes professionnels et non professionnels ont été tués en 2016. Les journalistes citoyens sont souvent ceux qui prennent beaucoup de risques pour témoigner des horreurs de la guerre, notamment en Syrie.

S'il y a moins de journalistes tués que l'an passé, n'est-ce pas aussi parce que de nombreux journalistes ne vont plus dans les zones de conflit ?

Oui, la plupart des tués sont syriens, irakiens, yéménites. Ce sont des terrains très dangereux où les rédactions hésitent à envoyer leurs journalistes. Ce qu'on peut noter aussi cette année, c'est que les trois quarts des journalistes sont sciemment visés. Ce ne sont pas des victimes collatérales, ce sont des journalistes clairement identifiés, traqués et assassinés. En Syrie, au Yémen, en Irak, ces journalistes sont emprisonnés, retenus otages par des groupes radicaux, certains d'entre eux sont assassinés dans des conditions effroyables comme avec le groupe État islamique. Et puis, certains sont détenus depuis des années, comme John Cantlie [enlevé en novembre 2012 dans la province d'Idlib, en Syrie]. Une vidéo sortie il y a 15 jours montre ce journaliste britannique dans une mise en scène scénarisée par le groupe État islamique.

La Syrie est le pays le plus meurtrier avec 19 journalistes tués en 2016. Quelles sont les autres zones où les journalistes sont pris pour cible ?

La Syrie, l'Irak, le Yémen et le Mexique. Le Mexique est le pays en paix le plus meurtrier pour les journalistes. Dix journalistes y ont été tués en 2016. Ils y sont traqués, identifiés, et clairement visés parce qu'ils ont osé écrire sur des cas de corruption, sur le crime organisé. Ils sont souvent kidnappés et le principal problème, c'est que ça se fait souvent avec la complicité des autorités locales.

Dans les zones de conflit, les journalistes sont de moins en moins nombreux, est-il possible d'inverser la tendance ?

Reporters sans frontières demande la création d'un poste de représentant spécial auprès du Secrétaire général des Nations unies. C'est pour créer une sorte de protecteur des journalistes et mettre en place un mécanisme concret d'application du droit international. Pour nous, c'est la solution pour réduire les exactions contre les journalistes, dans le monde, et mettre fin à l'impunité des crimes commis contre les journalistes.