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Le FMI à taux Zéro

Le Fonds Monétaire International a annoncé supprimer le paiement des intérêts dus par les pays pauvres jusqu'en 2011
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Dominique Strauss-Kahn (© AFP/GERALDO CASO BIZAMA)
Le Fonds Monétaire International a annoncé supprimer le paiement des intérêts dus par les pays pauvres jusqu'en 2011Le Fonds Monétaire International a annoncé supprimer le paiement des intérêts dus par les pays pauvres jusqu'en 2011

C"est une véritable bouffée d"oxygène qu"a offert le FMI mercredi par l"intermédiaire de son directeur général, Dominique Strauss-Kahn. L'institution de Washington a déclaré qu'elle annulait le paiement des intérêts dus par les pays pauvres jusqu'à fin 2011, et qu'elle ferait passer les prêts à leur intention à 17 milliards de dollars d'ici à 2014

En période de crise économique mondiale, la célèbre institution accepte de prendre en compte les difficultés sociales des pays pauvres en leur prêtant des fonds gratuitement.

Dominique Strauss-Kahn, se réjouit de cette avancée, qualifiant ce geste "d"effort historique" pour aider ce groupe de 80 pays, dont la moitié environ sont africains, à traverser leur pire crise en un demi-siècle.

"Pour la première fois de son histoire nous sommes avec un FMI qui prête à taux zéro à des pays qui sont des pays pauvres", et cela "allège beaucoup leur budget", selon lui.

De son côté, Mark Weisbrot, du Center For Economic and Policy Research, habituellement virulent critique de l'institution, estime que "c'est un grand pas, même s'il a fallu du temps pour en arriver là".

Une aide "peu coûteuse"

En période de croissance comme de récession mondiale, ces pays pauvres sont des clients habituels du Fonds "depuis leur accès à l'indépendance et les chocs pétroliers des années 1970, qui leur ont fait très mal", rappelle Adam Lerrick, professeur d'économie international et expert à l'American Enterprise Institute, un cercle de réflexion conservateur de Washington.

C'est en Afrique principalement, que cette mesure se ressentira. Ce continent concentre la moitié des pays bénéficiant de l'aide du FMI mais seulement une part minoritaire de l'encours de ses prêts (11% au 30 avril). Les 17 milliards de dollars mis à disposition des pays pauvres, contre un milliard prêté en moyenne par an entre 2006 et 2008, et trois milliards depuis le début de l'année, représentent une faible part des ressources prêtables du FMI. A elle seule, l'Ukraine a presque obtenu la même somme (16,4 milliards) en novembre, dans le cadre d'un prêt sur deux ans.

M. Weisbrot considère le montant "véritablement minuscule comparé aux centaines de milliards de dollars qu'ils ont obtenus pour sauver les banques d'Europe de l'Est". C'est un "tout petit morceau aide", estime Edwin Truman, économiste spécialiste du FMI , qui a conseillé le Trésor américain avant le sommet des pays riches et émergents du G20 à Londres en avril.

Mais parmi les partisans du FMI, la mesure déplait. "Prêter aux pays pauvres n'est pas le métier du FMI ", déclare M. Lerrick, mais "celui de la Banque mondiale et des banques régionales de développement". Avec cette intervention "ils veulent gagner en popularité. Et ils veulent, comme toute organisation, étendre leurs activités. (...) C'est politiquement efficace et financièrement peu coûteux", d'après lui.

Pas toujours en faveur du développement
Le Fonds doit y consacrer la vente de 403,3 tonnes d'or, soit un huitième de ses avoirs. Son image reste dans de nombreux pays celui d'un club de pays riches venu imposer sa loi économique, et des mesures socialement injustes. Le FMI répond souvent que non seulement il est appelé dans des pays en grande difficulté, mais aussi qu'il a changé et se soucie beaucoup plus des "plus vulnérables".

Pour M. Weisbrot, ces critiques ne sont pas près de s'éteindre: "si vous regardez le détail des accords de prêt en vigueur aujourd'hui, ils ne sont toujours pas en faveur du développement, et d'objectifs comme la protection de l'agriculture locale", assure-t-il.

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