Dassault Rafale, le mal-aimé des avions de combat

Selon le ministre de la Défense, Gérard Longuet, les appareils, que la France n'a toujours pas réussi à exporter, ne seraient plus fabriqués, seulement entretenus. 

Vol de démonstration de deux Rafale de Dassault près de Moscou (Russie), le 16 août 2011. 
Vol de démonstration de deux Rafale de Dassault près de Moscou (Russie), le 16 août 2011.  (GRIGORIY SISOEV / RIA NOVOSTI / AFP)

L'histoire du Rafale va-t-elle bientôt s'arrêter ? Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a affirmé mercredi 7 décembre que si Dassault ne parvenait pas à vendre son avion de combat à l'étranger, la chaîne de production serait "arrêtée".

Interrogé lors de "Questions d'Info" sur LCP/France Info/Le Monde/AFP, le ministre a expliqué que cela se produirait une fois que l'armée française aurait eu livraison de tous les appareils commandés, en 2018. Ensuite, en l'absence de commandes à l'étranger, "ce sera fini pour le constructeur, pas pour l'utilisateur", a-t-il souligné, indiquant que les "appareils seront naturellement entretenus".

Produit d'un programme lancé à la fin des années 1980 pour uniformiser les forces armées françaises et remplacer les appareils en service jusqu'alors, le Rafale, moins cher que certains de ses concurrents directs, comme l'Eurofighter Typhoon, "concentre une vingtaine de technologies stratégiques que très peu de pays maîtrisent", rappellent Les Echos. Or, en vingt ans, la France n'a pas vendu un seul de ces avions de combat à l'étranger.

Retour sur les échecs et les espoirs du fleuron de l'aviation militaire dont personne ne veut.

Suisse : une décision politique ?

Le groupe Dassault a essuyé le 30 novembre 2011 un échec en Suisse, le gouvernement helvète ayant annoncé sa décision d'acquérir vingt-deux avions de combat Gripen, du groupe suédois Saab.

Mais Fernand Carrel, ancien commandant des forces aériennes suisses, a néanmoins rappelé que "tous les spécialistes savent que le Rafale de Dassault est le meilleur". Alors pourquoi avoir préféré les avions suédois, sachant que le Rafale avait obtenu une meilleure note ? Parce que les Gripen sont plus avantageux "non seulement à l'acquisition mais aussi en ce qui concerne les coûts d'entretien", explique France Info.

Mais la presse suisse se demande si les attaques en 2009 du ministre du Budget de l'époque, Eric Woerth, dans Le JDD vis-à-vis de ce pays considéré comme un paradis fiscal, n'ont pas nui à la France. Ainsi, Le Point cite La Tribune de Genève, qui s'interroge : "La France et son Rafale ont-ils payé le fait qu'il y a un contentieux fiscal avec la Suisse ?" Le Temps, lui, explique l'échec du Rafale "en raison des agressions verbales et de l'attitude arrogante des dirigeants français envers la Suisse".

Emirats arabes unis : la concurrence est rude

En mai 2009, Nicolas Sarkozy se rend à Abou Dhabi accompagné d'Hervé Morin, alors ministre de la Défense, afin d'entamer les négociations d'un contrat concernant la vente de soixante Rafale aux Emirats arabes unis, pour un montant de 6 à 8 milliards d'euros sur plusieurs années.

La France est alors très confiante : liée aux Emirats arabes unis par un accord de défense depuis 1995, elle y possède une base de défense et les forces locales sont équipées de matériel français, notamment de chars et d'avions Mirage 2000. 

Le 17 octobre 2011, le nouveau ministre de la Défense, Gérard Longuet, estime que la probabilité d'achat est "très, très forte".

Coup de théâtre le 13 novembre : à l'ouverture du salon de l'aéronautique de Dubai, les Emirats annoncent, à la surprise générale, qu'ils ont mis en compétition le Rafale et son concurrent direct, l'Eurofighter Typhoon.

Trois jours plus tard, ceux qui avaient réclamé de nombreuses améliorations sur les Rafale critiquent vivement l'offre Dassault : "Malheureusement, il semble que Dassault ne réalise pas que la volonté politique et tous les efforts diplomatiques ne peuvent pas faire passer des conditions commerciales non compétitives et irréalisables", déclare le prince héritier, cheikh Mohamed ben Zayed, cité par l'agence officielle Wam.

Brésil : un contrat suspendu avec le départ de Lula

En septembre 2009, Nicolas Sarkozy et le président Lula annoncent, dans une déclaration commune, que le Brésil va négocier l'acquisition de trente-six Rafale. Mais l'arrivée au pouvoir de la nouvelle présidente brésilienne, Dilma Rousseff, élue en janvier 2011, a suspendu la vente à un réexamen de l'appel d'offres.

Rousseff, qui travaille à renforcer les relations diplomatiques entre le Brésil et les Etats-Unis, semble en outre pencher en faveur des avions F/A-18 Super Hornet de l'Américain Boeing et souhaite réfléchir davantage aux propositions qui lui sont présentées.

Dans une interview publiée en mars 2011 par le magazine brésilien Veja, rapporte Le Point, Sarkozy joue la carte du transfert technologique, si le Brésil choisit Dassault : "L'offre que nous faisons s'accompagne d'un transfert sans limites de la technologie garantie par l'Etat français. Ce qu'aucun des (…) autres concurrents n'est en mesure de faire d'une manière crédible."

En juillet, le Brésil annonce qu'il reporte sa décision sur l'achat de Rafale à début 2012. Quelques mois plus tard, le 18 octobre, le ministre de la Défense brésilien, Celso Amorim, déclare, à l'issue d'un entretien avec Gérard Longuet à Paris, que "la considération fondamentale pour prendre une décision est d'ordre financier et économique".

Inde : c'est bien parti

Le Rafale a peut-être trouvé son salut à New Delhi. Claude Guéant a rappelé mercredi 7 décembre que l'appareil était toujours "finaliste avec l'Eurofighter" en Inde, soulignant que Dassault "équipait l'armée indienne depuis 1950", ce qui témoigne d'"une certaine longévité".

L'Inde, qui souhaite acquérir 126 avions (puis 63 supplémentaires), a déjà placé le Rafale devant l'Eurofighter après des essais de son armée de l'air, indique La Tribune le 6 novembre. Le quotidien, qui cite un industriel, ajoute que le constructeur de l'Eurofighter aurait "accepté des sacrifices monstrueux" pour rester compétitif face au Rafale, qui reste moins cher en termes d'exploitation.

Un signe heureux pour la France, qui pourrait enfin briser la malédiction Rafale. D'autant que, comme le précise L'Express, il s'agit du contrat "le plus important pour des avions de combat depuis les années 90, évalué à 8,5 milliards d'euros".