Le fabricant de lunettes Logo, dans le Jura, disparaît

Le tribunal de commerce de Lyon a prononcé mardi 15 novembre la liquidation judiciaire avec effet immédiat du lunetier Logo, rapporte le correspondant de franceinfo sur place. Le groupe Logo, créé en 1896, emploie 200 personnes à Morez, dans le Jura. Des salariés que franceinfo a rencontrés quelques jours avant cette décision de justice.

L’usine de lunettes Logo à l’entrée de Morez, dans le Jura. 
L’usine de lunettes Logo à l’entrée de Morez, dans le Jura.  (SÉBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

C’est un nouveau coup dur pour l'industrie de la lunette, dans le Jura. L'un de ses fleurons disparaît. Le groupe Logo, qui a été créé en 1896 et qui emploie 200 personnes, à Morez, a été placé en liquidation judiciaire ce mardi 15 novembre. Des salariés que franceinfo a rencontrés quelques jours avant cette décision de justice. 

Le reportage à Morez, dans le Jura, de Sébastien Baer, quelques jours avant l'annonce de la liquidation judiciaire du groupe Logo
--'--
--'--

Depuis plusieurs années, la filière est durement touchée. Fermetures d'entreprises et délocalisations se multiplient au profit de l'Asie. Dans la vallée du Jura, le secteur de la lunette emploie 10 fois moins de personnes que dans les années 80.

Le long bâtiment blanc de Logo s’étale à l’entrée de Morez. Sur la façade, une banderole proclame "200 victimes du génocide industriel". Il y a quelques semaines encore, 40 000 montures sortaient tous les mois de l'usine mais désormais la production est à l'arrêt. Avant même que le tribunal de commerce de Lyon ne prononce mardi 15 novembre la liquidation judiciaire du groupe, les salariés, représentés par Sébastien Mignottet, n'avaient déjà plus beaucoup d'espoir de reprise. "Ce sera bientôt un grand cimetière après plus de 120 ans d'exercice. On était à plus de 200 dans ces murs. Ça va être encore du chômage. La capitale internationale de la lunette est en train de crever dans le silence quasi total", lâche le représentant du personnel. 

Photo d\'une fresque sur un mur de l\'usine de Morez.
Photo d'une fresque sur un mur de l'usine de Morez. (SÉBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

Victimes de la concurrence chinoise et italienne

Dans la vallée, la liste des entreprises disparues est déjà longue : Cébé, Comotec, Buffard, Albin-Paget... Désormais, seuls 1 500 salariés travaillent dans la lunetterie. C'est deux fois moins qu'il y a 10 ans. Certaines usines ont été liquidées, d'autres délocalisées. Plus de "90% des montures vendues chez les opticiens viennent ou de Chine ou d'Italie", déplore Gérard Vuillet, le patron de la marque Vuillet-Vega, fondée en 1843 à Morez, "Les Chinois peuvent produire trois ou quatre fois moins cher, les Italiens 25% moins cher que nous. C'est compliqué", poursuit-il.

La capitale internationale de la lunette est en train de crever dans le silence quasi totalSébastien Mignottet, représentant du personnel de l'usine Logo à Morezfranceinfo

Morez n’est qu’à 200 kilomètres de Belfort et du site d'Alstom. Mais ici, pas de visite de ministre pour tenter de sauver la vallée de la lunette. Il n'y a pas eu de mobilisation regrette le maire, Laurent Petit. "Il y a vraiment eu un élan extraordinaire pour Alstom et son TGV. C'était 400 emplois sur un bassin de 50 000 habitants et nous c'est 200 emplois emplois sur un bassin de 5 000 habitants. Pour nous c'est monstrueux. Je n'attendais pas forcément que le Premier ministre et puis cinq ministres se mobilisent mais on n'aurait eu qu'un ministre, ça aurait suffit", explique l'élu.

Acculés vers des marchés de niche

Laminés par la concurrence asiatique, ceux qui restent se réorganisent. Dans son atelier du centre-ville, Philippe Girod fabrique 500 paires de lunettes par mois. Le lunetier s’est positionné sur le haut de gamme. "Vous voyez des machines ici qui sont des pièces de musée mais qui fonctionnent encore. On travaille sur des machines de 1850 et je doute que le produit asiatique soit fabriqué sur des machines de 1850. Il n'y a pas l'authenticité, il n'y a pas d'histoire, il n'y a pas d'ADN", affirme Philippe Girod.

Philippe Girod, patron du groupe Gouverneur-Audigier, dans son atelier de Morez.
Philippe Girod, patron du groupe Gouverneur-Audigier, dans son atelier de Morez. (SÉBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

Mais ce marché de niche ne suffit pas à enrayer le déclin des lunettes "made in France". Une autre entreprise est en difficulté. Cette fois, ce sont 40 emplois qui sont menacés. Ces 12 derniers mois, trois fabriques de lunettes ont fermé.