G20 Finances : taxer les multinationales à "15%, ce n'est pas suffisant si on veut enrayer l'évasion fiscale", estime l’eurodéputée LFI Manon Aubry

Les multinationales comme Google, Amazon ou Facebook seront bien soumises à un impôt mondial d’au moins 15%, ce qui reste insuffisant pour l'eurodéputée La France insoumise.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
La députée européenne de La France Insoumise (LFI) Manon Aubry, le 28 janvier 2020 au Parlement européen à Bruxelles. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Alors que le G20 Finances est réuni samedi 10 juillet à Venise en Italie, avec pour objectif d’adopter une taxation mondiale sur les multinationales, l’eurodéputée La France insoumise (LFI) Manon Aubry, membre de la sous-commission "fiscalité" au Parlement européen, estime sur franceinfo que des Etats doivent avoir "le courage de montrer la voie" pour lutter contre l’évasion fiscale.

franceinfo : Pourquoi serait-il important de mettre en place une taxation mondiale sur les multinationales ?

Manon Aubry : Les taux d'imposition ont été divisés par deux en l'espace de 30 ans. Concrètement, les grandes entreprises payent de moins en moins d'impôts, sous l'effet de la concurrence fiscale qui est alimentée par les paradis fiscaux, qui ont des taux d'imposition proches de zéro ou très faibles et qui encouragent les États à baisser leurs propres taux d'imposition. C'est d'ailleurs ce qu'a fait Emmanuel Macron en France. L’idée, c’est donc d'arrêter cette concurrence. Maintenant, la question qui est posée, c'est comment on l'arrête et à quel taux on l'arrête. Malheureusement, un taux à 15%, qui est juste au-dessus de celui d'un paradis fiscal, comme l'Irlande, reste extrêmement faible et rapportera assez peu d'argent.

Le gouvernement français veut pourtant aller au-delà de ces 15%…

Permettez-moi d'avoir quelques doutes, parce que ça n'a pas été la position de la France dans les négociations. Dans les faits, elle s'est accrochée à un taux assez bas, dans une stratégie qu'on peut comprendre qui est d'avoir un accord le plus rapidement possible. Mais on pourrait décider d'aller plus loin et fixer ce taux minium à 21, 25 ou à 30%. Ce qui encouragerait d'ailleurs les autres États à le faire.

"Je crois qu'aujourd'hui, si l'on veut des gages politiques, il faut qu'il y ait des États qui aient le courage de montrer la voie et de dire que oui, 15%, ce n'est pas qui est suffisant si on veut enrayer l'évasion fiscale."

Manon Aubry

à franceinfo

Certains pays vont bloquer, comme l'Irlande, la Hongrie, peut-être l'Estonie. Ce serait un problème si l’Union européenne ne parvient pas à trouver un accord commun ?

Je pense qu'il faut être très clair et dire aux États récalcitrants : "Vous ne voulez pas lutter contre l'évasion fiscale ? Nous allons le faire sans vous, et nous allons collecter de l'argent qui n'est pas payé dans vos pays." Dit autrement, les entreprises comme Apple et Amazon, qui vont en Irlande pour ne pas payer d'impôts en France, nous allons unilatéralement collecter la différence. Je pense que c'est le seul moyen de démontrer aux paradis fiscaux qu'ils ne peuvent plus impunément piller, littéralement, les recettes fiscales des autres États membres.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Paradis fiscaux

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.