"On les a traités comme des terroristes" : la colère des parents des jeunes interpellés au lycée Arago, à Paris

Après avoir occupé le lycée Arago, dans le 12e arrondissement de Paris, plusieurs dizaines de manifestants ont été interpellés et placés en garde à vue, mardi. Interrogés par franceinfo, leurs parents s'indignent des conditions de leur détention.  

Devant le lycée Arago, à Paris, le 24 mai 2018, des graffitis réclament la libération des étudiants et lycéens mis en garde à vue deux jours plus tôt. 
Devant le lycée Arago, à Paris, le 24 mai 2018, des graffitis réclament la libération des étudiants et lycéens mis en garde à vue deux jours plus tôt.  (franceinfo)

"Cinq heures dans un bus sans sortir puis une nuit à croupir dans une cellule où des gens font leurs besoins par terre... Ça me révolte en tant que parent qu’une jeune de 16 ans soit confrontée à ce genre de situation !" Réunis devant les grilles du tribunal de grande instance de Paris, jeudi 24 mai, plusieurs parents d'élèves du lycée Arago, situé dans le 12e arrondissement, dénoncent les conditions dans lesquelles leurs enfants ont été interpellés deux jours plus tôt, lors de l'occupation de l'établissement.

Mardi 22 mai, après la dispersion de la manifestation pour la défense de la fonction publique, une centaine de jeunes ont investi, illégalement, le lycée, avant d'être délogés par les CRS. "Un flagrant délit, c'est-à-dire l’intrusion non autorisée dans l’établissement, a été commis, explique la préfecture de police de Paris. Nous avons donc procédé aux interpellations sur réquisition de la directrice du lycée Arago." A cette occasion, 102 personnes sont interpellées. Parmi elles, 14 mineurs devaient être présentés jeudi soir à un juge des enfants et 13 faire l'objet d'un rappel à loi ou d'une mesure de réparation pénale. Quatre autres mineurs ont été convoqués ultérieurement devant le juge des enfants et sept convoqués devant le délégué du procureur.

"On pensait qu'ils allaient nous laisser partir"

Prune*, 15 ans, a échappé à l'arrestation. Elle raconte à franceinfo l'occupation de l'établissement : "L'un d'entre nous a sonné à la porte, prétextant qu'il venait récupérer une convocation. A ce moment-là, on a couru dans le lycée et on a bloqué les entrées. L'idée, c'était seulement de faire une AG pour nous organiser. C'était complètement pacifique." Des tags, des portes fracturées et le vol de tablettes ont été signalées après cette brève intrusion, selon une source proche du dossier, citée par l'AFP.

On parle de saccage, mais c’est complètement faux. Il y a eu certes un carreau brisé et des petits graffitis sur les murs, mais il ne s’est rien passé de plus. D'ailleurs, les élèves ont pu aller en cours dès le lendemain.Prune, lycéenne ayant participé à l'occupationà franceinfo

Casqués et équipés de boucliers, les policiers interviennent dans l'établissement, comme le montre cette vidéo postée sur Facebook. Les manifestants, barricadés dans une salle de classe, sont évacués et fouillés par petits groupes, avant d'être embarqués dans des véhicules de police. "On pensait tous qu'ils allaient vérifier notre identité et nous laisser partir. On n'a pas réalisé qu'ils étaient là pour nous charger dans les fourgons."

"Enfermés sans manger ni aller aux toilettes"

Autour de 20 heures, les manifestants sont transportés vers un commissariat du 18e arrondissement. "Mon mari les a suivis. Il a vu que les jeunes étaient restés enfermés dans des bus pendant près de cinq heures, jusqu'à environ minuit et demi, sans manger ni aller aux toilettes. C'est très grave", raconte la mère de Lila*, adolescente de 16 ans, scolarisée dans un autre lycée parisien.

Après la signification de leur placement en garde à vue, les jeunes sont répartis dans différents commissariats de la capitale. Lila passe la nuit dans des locaux du 4e arrondissement. "Nous, nous avons eu de la chance parce que nous avons réussi à savoir où elle avait été transportée, mais beaucoup de parents sont restés sans aucune nouvelle de leurs enfants", s'indigne sa mère. 

"J'ai passé la nuit à passer des coups de fil"

Pour retrouver la trace de sa fille, Hélène* a ainsi multiplié les appels. "J'ai passé la nuit à passer des coups de fil à tous les commissariats de Paris, mais on ne me disait rien. Ce n'est que le lendemain à midi que j'ai réussi à savoir où elle était." Une mère de famille présente devant le tribunal de grande instance de Paris livre un récit similaire. "Heureusement, ma fille a pu me téléphoner lorsqu'elle était dans le bus pour me prévenir qu'elle avait été arrêtée, explique-t-elle. Sinon je n'aurais rien su avant 3 heures du matin, au moment où la police m'a appelée pour me dire que ma fille était placée en garde à vue."

"Certains jeunes ont été baladés de commissariat en commissariat, sans pouvoir contacter leur famille ! C'est tout bonnement scandaleux", estime de son côté Jean-Jacques Renard, vice-président de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) de Paris.

Ces jeunes sont juste rentrés dans un lycée pour manifester et on les a traités comme des terroristes. C'est absolument disproportionné comme réaction.Jean-Jacques Renard, vice-président de la FCPE Parisà franceinfo

"Parmi les gens qui commettent des actes violents, vous avez aussi des mineurs, donc, à partir de là, les forces de police font respecter la loi, a rétorqué Gérard Collomb, jeudi, en marge d'un déplacement dans le Gard. La première chose que les professeurs devraient dire à leurs élèves, c'est qu'effectivement, quand on est un jeune mineur, on ne va pas nécessairement occuper son lycée, ni aller dans les manifestations qui peuvent dégénérer." Pour le ministre de l'Intérieur, les forces de l'ordre essaient "chaque fois d'agir avec beaucoup de retenue".

* Les prénoms ont été changés.