"Pandora Papers" : derrière l’affaire Cahuzac, Philippe Houman et ses autres clients français

Les "Pandora Papers" lèvent le voile sur l’activité de Philippe Houman. Connu pour avoir transféré le compte caché de Jérôme Cahuzac à Singapour, il s’est occupé de montages offshore pour plusieurs particuliers dont des Français.

Article rédigé par
Abdelhak El Idrissi de la Cellule investigation de Radio France avec l’ICIJ et ses partenaires - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
C'est à Dubaï que l'avocat suisse Philippe Houman a créé ses sociétés offshore (Photo d'illustration). (GIUSEPPE CACACE / AFP)

"Une société comme celle-là, il suffit de 48 heures pour la constituer". Le monde des sociétés offshore et leurs montages sophistiqués semble n’avoir aucun secret pour Philippe Houman. L’avocat suisse tenait ces propos devant les enquêteurs chargés de l’enquête qui avait été ouverte pour fraude fiscale contre Jérôme Cahuzac. Tout comme l’ex-ministre délégué chargé du Budget, Philippe Houman a été condamné par la justice française, en première instance en 2016. Il "a été la cheville ouvrière indispensable à la commission des faits de blanchiment de fraude fiscale, peut-on lire dans le jugement. Il a activement participé aux faits de blanchiment et participé à la dissimulation des avoirs de Monsieur Jérôme Cahuzac."

>> "Pandora Papers" : des milliers de milliards de dollars toujours à l’abri dans des paradis fiscaux

Le tribunal dénonçait notamment son rôle dans le montage mis au point par Jérôme Cahuzac pour transférer son compte bancaire à Singapour, grâce à une société seychelloise administrée depuis les îles Samoa. Deux ans plus tard, son procès en appel confirme sa condamnation. Il évoque alors la simplicité de l’ingénierie offshore : "Je comprends que le schéma que vous avez devant les yeux laisse perplexe, mais il n'y a rien de très compliqué", assure-t-il.

Les "Pandora Papers" montrent effectivement avec quelle facilité l’avocat suisse s’est très tôt installé à Dubaï. Dès mai 2009, il commande la création de dizaines de sociétés offshore qu’il gère pour le compte de clients de plusieurs nationalités, dont des Français. Dans cette fuite de millions de données obtenue par le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ) et partagée avec ses partenaires, dont la Cellule investigation de Radio France, les noms des bénéficiaires réels de Monfort Capital, la société de Philippe Houman, apparaissent clairement.

D’autres clients français

Parmi eux se trouvent notamment plusieurs millionnaires ainsi que des Français expatriés, inconnus pour la plupart à l’exception de trois anciens footballeurs internationaux français qui sont passés par le club d’Arsenal. En 2010, ils apparaissent comme bénéficiaires de sociétés immatriculées dans les Îles Vierges britanniques, dont les administrateurs et actionnaires sont à chaque fois d’autres sociétés basées dans les Îles Samoa et au Panama. Comme souvent dans ces montages, l’opacité est de mise.

Les trois footballeurs concernés, tous résidents en Angleterre en 2010, semblent avoir utilisé ces sociétés pour ouvrir des comptes bancaires en Suisse. La somme de leurs actifs dépasse les 17 millions d’euros, selon les chiffres retrouvés dans les Pandora Papers. Parmi les autres clients de Monfort Capital, on trouve un joueur de tennis professionnel. Mais également plusieurs citoyens russes dont un oligarque visé par des sanctions américaines et européennes en 2014 après l’invasion de la Crimée par la Russie.

Contacté à plusieurs reprises, Philippe Houman n’a pas souhaité répondre aux médias partenaires de l’ICIJ, sur les montages dont bénéficiaient les Français. Lors de l’affaire Cahuzac il a toujours réfuté avoir commis des actes illégaux en expliquant notamment qu’il n’avait jamais rencontré Jérôme Cahuzac, ni mis les pieds en France dans le cadre de cette affaire. "Créer une société n'a rien d'illégal, c'est ce qu'on en fait qui peut être illégal", expliquait-il lors du premier procès. Un avis infirmé par la justice française, à deux reprises.

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