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"Le travail de nuit reflète l'évolution des mœurs"

A Monoprix, la CGT a bloqué un accord permettant l'ouverture des magasins après 21 heures. Décryptage avec l'économiste Bernard Vivier.

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Propos recueillis par - Gaël Cogné
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un magasin Monoprix à Vincennes (Val-de-Marne), le 28 mars 2013. (CHARLES PLATIAU / REUTERS)

Le travail après 21 heures ne passe pas auprès des syndicats. Monoprix a annoncé, mercredi 2 octobre, que la CGT avait bloqué un accord sur le sujet. D'après l'enseigne, l'accord prévoyait notamment de 25% à 35% de majoration de salaire pour le travail en soirée. Mais "la CGT a exercé son droit d'opposition", selon un communiqué de la direction.

Déjà, le 23 septembre, la chaîne de parfumerie Sephora avait été condamnée après un bras de fer avec l'intersyndicale Clic-P. Fini les fermetures à minuit, voire 1 heure. La justice a contraint Sephora à fermer son magasin des Champs-Elysées à 21 heures. Pourtant, des salariés réclamaient cette fermeture tardive qui, par des primes, permettait de gonfler un peu leur salaire. D'autant que le travail de nuit était volontaire.

Les syndicats vont-ils à l'encontre des souhaits des salariés ? Francetv info s'est entretenu avec Bernard Vivier, ancien membre du Conseil économique et social et directeur de l'Institut supérieur du travail.

Francetv info : Pourquoi les syndicats mènent-ils la guerre au travail de nuit ?

Bernard Vivier : Parce que c'est leur rôle ! Les syndicats défendent les intérêts des salariés. Cela passe par la négociation, parfois aussi par le conflit. Travailler de nuit, c'est moins bien que de travailler de jour. C'est aussi simple que cela.

Maintenant, on peut se demander s'ils mènent un combat d'arrière-garde, anachronique. Les frontières ne sont plus les mêmes entre le temps au travail et hors travail. On sent bien une poussée du consommateur. Il fait pression d'ailleurs autant sur l'entrepreneur, le chef d'entreprise, que sur le salarié pour avoir davantage de services à sa disposition. Par exemple, ouvrir la nuit, vers 22 heures, 23 heures.

C'est ce qui se passe pour Monoprix : "Je sors tard du travail. J'ai besoin de produits pour pouvoir grignoter, je vais chez Monop." L'entreprise est soumise à la demande du client. Le client a une logique qui peut s'opposer à celle du salarié, même si le salarié et le consommateur peuvent parfois être le même personnage. Le travail de nuit reflète l'évolution des mœurs.

Chez Sephora, des salariés étaient favorables à la fermeture tardive, mais les syndicats ont mené une action en justice et obtenu son interdiction. N'y a-t-il pas un problème de représentativité des syndicats dans ce cas ?

Dans l'affaire de Sephora, la CFTC-Commerce est très bien implantée, mais elle ne faisait pas partie de l'intersyndicale qui est allée en justice et a obtenu gain de cause. Elle a choisi une voie différente. Elle est favorable à plus de pouvoir d'achat, n'est pas contre une certaine ouverture, mais régulée et maîtrisée.

Maintenant, le rôle d'un syndicat peut aussi être de dire : "Attendez, même si les salariés veulent quelque chose, ce n'est pas forcément l'intérêt des salariés !" Ils peuvent être demandeurs de travailler le soir par nécessité économique.

Mais il peut y avoir une régulation, des propositions, d'autres options. Par exemple, créer les conditions d'un vrai volontariat, le soir, pour ne pas subir de pression qui empiète sur la vie personnelle ou la vie familiale. Ces jobs peuvent aussi être adaptés aux étudiants. Bref, il est possible de trouver des aménagements, c'est le rôle de la négociation collective.

Dans le cas de Monoprix, la CGT a fait valoir son droit de retrait alors que trois autres organisations étaient favorables à l'accord…

Je vais être un peu brutal. Là, c'est de l'entêtement de la part de cette organisation.

La CGT a bloqué seule cet accord. Chez Sephora, l'intersyndicale a eu recours à la justice. Ne pensez-vous pas que les syndicats sont souvent dans une logique conflictuelle, du coup d'éclat, plutôt que dans la négociation ?

Evidemment, les négociations ne font pas de bruit, parce que c'est du gagne-petit. Les négociateurs, on ne les a jamais vus en train de défiler dans la rue côté patronat et syndicats en criant : "On va négocier ! On va négocier !" Il ne faut pas oublier qu'il y a 30 000 accords signés chaque année, en France. C'est énorme.

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