Les magasins Printemps sous pavillon qatari

Des investisseurs venus du Qatar vont devenir les uniques propriétaires du groupe de grands magasins français.

Le magasin amiral du groupe Printemps, boulevard Haussmann, à Paris, le 28 novembre 2012.
Le magasin amiral du groupe Printemps, boulevard Haussmann, à Paris, le 28 novembre 2012. (BELZ LAURA / SIPA)

Des investisseurs qataris vont devenir les uniques propriétaires du Printemps. Selon des documents dont l'AFP a eu connaissance jeudi 4 avril, ils auraient racheté les participations non seulement de la Deutsche Bank, mais aussi du groupe italien Borletti, jusqu'ici seuls actionnaires du groupe de grands magasins français. L'entreprise compte près de 3 400 salariés et 16 magasins en France, dont son vaisseau amiral, le Printemps-Haussmann, à Paris. 

Au départ, il était prévu que Borletti, qui possédait 30% du Printemps, resterait propriétaire, et ne ferait que s'associer aux Qataris pour financer le rachat des 70% détenus par Deutsche Bank. Mais les investisseurs qataris, dont l'identité n'est pas révélée, ont "souhait[é] également acquérir l'intégralité du capital de Borletti Group. C'est dans ce cadre que les actionnaires de Borletti ont également choisi de céder la totalité de leur participation dans Borletti à Disa", un fonds d'investissement luxembourgeois "regroupant des investisseurs qataris", indiquent les documents. "De sorte qu'à la fin de l'opération, [Disa] serait propriétaire de 100% de Borletti Group, qui serait elle-même propriétaire de 100%" du groupe Printemps Holding Luxembourg.

Une opération au montant inconnu

Le montant de cette opération, qui devrait se conclure d'ici à l'été, n'est pas spécifié dans les documents. Le groupe Printemps avait été cédé en octobre 2006 par PPR (Pinault-Printemps-La Redoute) pour 1,075 milliard d'euros. Depuis, le chiffre d'affaires du groupe a bondi de 30% pour atteindre 1,45 milliard d'euros en 2011, et le résultat opérationnel a été doublé.

Les Galeries Lafayette, qui avaient elles aussi pris contact avec les Qataris pour mettre la main sur le Printemps – qu'elles convoitaient déjà en 2006 – avaient fait une offre de 1,8 milliard d'euros à la fin 2012, qui avait été rejetée. Le site Mediapart indiquait mercredi que le montant de la cession du Printemps aux Qataris serait de 1,6 milliard d'euros.

Les syndicats inquiets pour les magasins en régions

Concernant l'avenir du groupe, les documents précisent que l'équipe de direction actuelle du Printemps sera maintenue, avec à sa tête l'actuel PDG Paolo De Cesare. On apprend également que Disa, la société regroupant les investisseurs qataris, "poursuivrait les nombreux projets de rénovation et d'ouvertures de magasins qui sont en cours". Sont notamment cités "la rénovation complète de Strasbourg et Toulon, l'ouverture de Printemps au Carrousel du Louvre". Le texte se veut également rassurant pour les salariés, qui "conserveraient le même employeur". "Cette opération assurerait donc pour eux une continuité de leurs droits contractuels", affirment les documents.

De leur côté, à la veille d'un comité central d'entreprise extraordinaire prévu vendredi, les syndicats du Printemps (CGT, UGICT-CGT, CFDT et Sapp) déplorent "le manque d'information" qui "laisse de lourdes inquiétudes" pour l'emploi comme pour "l'intérêt propre de la société". "Nous avons déjà perdu 986 postes depuis le rachat en 2006", assure Bernard Demarcq, secrétaire général de l'UGICT-CGT. Il se dit particulièrement inquiet pour les salariés de province, car le Printemps n'y est "pas propriétaire des murs et il n'est pas certain que les investisseurs qataris aient le souhait de les conserver".