Fin de la commandite : "Arnaud Lagardère aura des comptes à rendre sur sa gestion du groupe", estime la journaliste Martine Orange

Le groupe a annoncé mercredi que son conseil de surveillance avait "accueilli favorablement" le projet de transformation en société anonyme, qui fera perdre à son patron Arnaud Lagardère le contrôle absolu du groupe hérité de son père.

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Arnaud Lagardere, le 10 mai 2019 à Paris. (ERIC PIERMONT / AFP)

Alors que le groupe Lagardère a annoncé mercredi 28 avril la fin de la "commandite", le statut qui donnait un pouvoir de direction exclusif à Arnaud Lagardère, fils du fondateur du groupe Jean-Luc Lagardère, et mettait le groupe à l'abri d'un rachat par OPA, "Arnaud Lagardère aura donc désormais des comptes à rendre sur sa gestion du groupe", estime Martine Orange, journaliste à Mediapart.  Arnaud Lagardère, qui s'opposait depuis des années à plusieurs de ses actionnaires sur la question de la gouvernance de l'entreprise, a toutefois obtenu la garantie d'un poste de PDG dans la future organisation.

franceinfo : Le groupe Lagardère est-il un exemple particulièrement frappant des mutations des grandes entreprises et de leur connivence avec les Etats ?

Martine Orange : Tout à fait. Ce groupe s'est construit grâce aux relations très étroites de Jean-Luc Lagardère et d'un certain nombre de responsables industriels et politiques. L'élément le plus emblématique est la position de premier actionnaire que le groupe avait réussi à avoir au sein d'EADS [devenu Airbus Group]. C'est donc avec beaucoup de tristesse qu'on voit ce que Lagardère avait conquis dans ce groupe et ce qu'il est en advenu aujourd'hui puisqu'Arnaud Lagardère a revendu cette participation et n'a rien fait avec cet argent.

Aujourd'hui qui est l'homme fort de ce nouveau groupe Lagardère ?

À première vue, c'est Vincent Bolloré qui aura trois administrateurs. Mais quand on examine la répartition des forces dans la gouvernance du groupe, on voit aussi que Vincent Bolloré et Bernard Arnault se sont entendus sur le plus petit dénominateur commun, à savoir la fin de la commandite, disposition que les actionnaires demandaient depuis des années. Arnaud Lagardère aura donc désormais des comptes à rendre sur sa gestion du groupe. Pourtant ce n'est pas une déchéance, il se trouve ainsi dans la situation de 99,5% des sociétés anonymes.

Doit-on s'attendre à une bataille d'influence entre Vincent Bolloré et Bernard Arnault pour grignoter l'empire Lagardère ?

Il y a bien une bataille d'influence, mais depuis un an les deux hommes refusent de s'affronter publiquement. Ils auraient pu lancer une OPA, en tout cas ils en ont les moyens, mais ils ne l'ont pas fait. Il faut dire que Vincent Bolloré n'aime pas ce type d'opération et que Bernard Arnault n'a qu'un intérêt marginal dans le groupe Lagardère : le JDD [Journal du Dimanche] et Paris Match, comme il l'a déjà fait savoir. Cinq actionnaires principaux sont autour de la table avec des intérêts divers : Amber souhaite une meilleure valorisation de son cours [de bourse], les fonds Qataris qui sont là depuis 2006 ont perdu beaucoup d'argent depuis et en ont peut-être assez... La situation est donc très incertaine pour le moment.

Les salariés craignent un démantèlement du géant Lagardère au profit de divers actionnaires. Cette crainte est-elle justifiée ?

En effet. Dans le communiqué, on constate un silence total particulièrement frappant sur l'avenir du groupe, de ses activités et des salariés. Il n'y a aucune vision industrielle, on ne parle que de tour de table et de problèmes capitalistiques. L'activité réelle de l'entreprise qui est le support de toute cette activité capitalistique est complètement passée sous silence.

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