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Économies de carburant, de gaz, d'électricité : 50 ans avant la guerre en Ukraine, la fin de l'insouciance énergétique

Face aux difficultés d'approvisionnement en gaz provoquées par la guerre en Ukraine, chacun d'entre nous doit faire des efforts "en baissant le chauffage, la climatisation, les lumières" pour éviter des tensions l'hiver prochain. Dans les années 70, c'était déjà le cas.

Article rédigé par Gérald Roux
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Pylone électrique et sa ligne de haute tension, le 11 février 2022. Photo d'illustration. (VINCENT VOEGTLIN / MAXPPP)

Ça n'est pas la première fois que l'on appelle les Français à faire dès maintenant des économies d'énergie, en pleine guerre en Ukraine. À partir du premier choc pétrolier de 1973, la France vit au rythme des mesures et des slogans destinés à maîtriser la consommation d'énergie.

Tout commence dès la fin de l'année 1973, alors que la population est frappée de stupeur par l'embargo des pays producteurs de pétrole et par la hausse des cours du baril et des carburants. "Je fais appel et nous faisons appel avant tout à cette vertu, traditionnelle paraît-il du peuple français, qui est l'esprit d'économie. Économisons l'essence, économisons l'électricité, économisons le chauffage", déclarait le président de la République.

Quelques jours avant cette intervention du président Georges Pompidou, la vitesse sur autoroute est limitée à 120 km/h. Pour consommer moins d'électricité, les programmes télévisés s'arrêtent à 23 heures et les éclairages des magasins s'éteignent à 22 heures. Mais ce n'est qu'un début. Face à des cours du baril qui ne redescendront plus, le nouveau président Valéry Giscard d'Estaing crée en 1974 l'Agence pour les économies d'énergie. En 1976 arrive une campagne de pub dont le slogan va devenir une expression pour des dizaines d'années : "En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées."

Cette année-là, l'État impose aussi par la loi l'isolation thermique des bâtiments neufs, que ce soit les logements ou les bâtiments qui accueillent du public. Et le 26 mars 1976, on met en place l'heure d'été pour tenter d'économiser plus d'électricité, car les énergies fossiles restent majoritaires dans sa fabrication. Le nucléaire ne fait que démarrer.

Des petits gestes pour réduire sa consommation

En 1977, à la télévision, le présentateur Roger Gicquel lance une expérience pour montrer au téléspectateur l'impact de leurs gestes quotidiens sur la consommation nationale d'électricité. Au siège de la distribution d'EDF, un reporter constate sur un gros compteur la baisse de la consommation de la France entière. "C'est très net, l'aiguille a dépassé le zéro, c'est-à-dire l'équilibre production consommation, et commence à grimper allègrement les milliers de kilowatts, mais milliers de kW d'économies. Nous sommes à 175 milliers de kW, donc l'équivalent de la consommation d'une ville comme Nice."

Mais les Français ne sont pas au bout de leurs peines. En 1979, la révolution iranienne fait à nouveau décoller les cours du pétrole, qui sont multipliés par deux. C'est le deuxième choc pétrolier. C'est à cette époque que le gouvernement lance la chasse au gaspillage. On demande aux Français de conduire de manière souple, d'éviter les surrégimes, de préférer les voitures économiques et de faire attention à leur chauffage. Le 15 octobre 1981, sur les écrans du JT s'affichent une carte de France un peu particulière avec les températures du jour et des zones géographiques où il est conseillé de brancher le chauffage et d'autres zones où il ne faut pas le brancher.

Dans les administrations, les ministères ou encore à l'Elysée, le chauffage ne doit pas dépasser 19 degrés. Les journalistes ont constaté sur place si les consignes sont bien suivies. "Aujourd'hui, nous avons accompagné un releveur officiel de température, racontent-ils. La palme de l'économie d'énergie revenait cet après midi à l'Elysée. 16,8 degrés relevés chez les proches collaborateurs du président." 16,8 degrés : le reportage ne disait pas à l'époque si Valéry Giscard d'Estaing était logé à la même enseigne que ses conseillers.

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