Crise des prix du gaz : des achats communs au niveau européen, une solution "réaliste", "si la volonté politique est là", estime un expert

Face à la flambée des prix du gaz naturel, "l'Europe doit être unie", assure Thomas Pellerin-Carlin, directeur de l'Institut Jacques Delors.

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Début octobre, les tarifs réglementés du gaz appliqués par Engie ont connu une hausse de 12.6%. Un record historique. (LAURENT THEILLET / MAXPPP)

"À moyen terme, l'Europe doit être unie" face à la crise des prix du gaz, a estimé Thomas Pellerin-Carlin, directeur du centre énergie à l’Institut Jacques Delors, ce jeudi 7 octobre sur franceinfo. Selon lui, la proposition – notamment formulée depuis 2010 par son institut – d'acheter du gaz en commun à l'échelle européenne est une solution "utile" et "réaliste", "si la volonté politique est là".

L'Europe, divisée sur la question, devra se prononcer la semaine prochaine sur un premier arsenal de mesures temporaires pour faire face à la flambée des prix du gaz naturel. Son cours a atteint de nouveaux records historiques sur les marchés européens en raison d'une forte demande à l'approche de l'hiver.

franceinfo : Les Européens y vont en ordre dispersé, est-ce que c'est contreproductif ?

À moyen terme, oui, l'Europe doit être unie. C'est l'enjeu des prochaines semaines pour voir quelles propositions peuvent permettre de sortir de cette crise du gaz et des énergies fossiles. Cela inclut la rénovation des bâtiments, le déploiement de mode de chaleur renouvelable mais aussi l'achat en commun, au niveau européen, de gaz.

Est-ce que cette proposition d'un achat commun, à l'échelle de l'Europe, est faisable ?

C'est réaliste d'un point de vue technique, plus compliqué d'un point de vue politique, mais on sait qu'en période de crise le réalisme politique évolue et des choses qui n'étaient pas pensables avant le deviennent. Ce n'est d'ailleurs pas une idée récente. L'Institut Jacques Delors la propose depuis 2010. Elle peut être mise en œuvre dans les mois ou années à venir si la volonté politique est là. Aujourd'hui, il y a une volonté politique de la part du gouvernement espagnol, un soutien récent des gouvernants français, tchèques, roumains et polonais. Maintenant il s'agit d'amener des propositions concrètes sur la table et de voir si un accord politique peut être trouvé autour de cette proposition utile.

La position allemande c'est de dire que les prix vont baisser au printemps, que cela va se réguler. C'est une possibilité ?

On est face à des anticipations des marchés donc si les marchés anticipent que la demande de gaz en Europe va baisser en Europe d'ici un an, deux ou trois ans, parce qu'on met en place des politiques ambitieuses de rénovation des bâtiments, de déploiement de pompes à chaleur ou de chauffe-eau solaire, cela peut en effet avoir un effet sur les prix assez rapidement. Mais, en réalité, la grande inconnue c'est la météo. Si l'hiver commence tôt, si l'hiver est froid, s'il est long, les prix vont très clairement encore augmenter. Si au contraire on a un hiver plus doux que d'habitude, alors la consommation européenne de gaz sera moins importante et donc les prix vont baisser un peu plus rapidement.

Selon Vladimir Poutine, l'Europe est responsable de la crise du gaz, car elle n'a pas conclu suffisamment de contrats de livraison à long terme avec Moscou, favorisant ainsi l'envolée record des prix. Est-ce que c'est vrai ?

Il a en partie raison, les acteurs gaziers, les entreprises privées, ont choisi de sortir des contrats à long terme pour lesquels les prix du gaz étaient indexés sur le prix du pétrole. Ce qui provoquait d'ailleurs parfois des hausses du prix du gaz quand le prix du pétrole augmentait ce qui avait été le cas en 2008. Ils ont choisi désormais d'aller vers un système de marché plus classique où le prix peut varier de façon assez importante, en quelques mois, en fonction de l'offre et de la demande. C'est ce qu'il s'est passé au cours des derniers mois, le prix du gaz a été multiplié par quatre.

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