Corrosion sur les réacteurs nucléaires : "Ces microfissures pourraient causer la rupture de ce circuit", alerte un expert

"On ne peut pas exclure que ce même phénomène n'existe pas sur d'autres réacteurs", a affirmé vendredi sur franceinfo Yves Marignac, chef du pôle d’expertise nucléaire à l’institut négaWatt. 

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Unité centrale du Bugey (Ain), le 30 décembre 2021.  (LAURENT THEVENOT / MAXPPP)

Les microfissures sur les réacteurs nucléaires "pourraient causer la rupture de ce circuit au moment même où on en aurait besoin", a expliqué ce vendredi sur franceinfo Yves Marignac, chef du pôle d’expertise nucléaire à l’institut négaWatt, membre du groupe permanent d’experts sur les réacteurs nucléaires de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), alors qu'EDF a prolongé l'arrêt de cinq réacteurs nucléaires, où des problèmes de corrosion ont été identifiés (pour certains cas jusqu'à la fin 2022). EDF a lancé une inspection de tous les réacteurs de son parc.

franceinfo : Faut-il s'inquiéter de ces corrosions ?

Yves Marignac : Oui, il faut s'inquiéter. Ces corrosions concernent des microfissures apparues dans des coudes d'un circuit qui est indispensable au refroidissement de secours des réacteurs, si un réacteur se trouvait en situation accidentelle. Ces microfissures pourraient causer la rupture de ce circuit au moment même où on en aurait besoin. Cela veut dire que certains réacteurs pourraient être affectés par cette défaillance très grave.

Ce problème était-il prévisible ?

Le phénomène de corrosion sous contrainte, qui correspond à l'apparition de microfissures au sein de l'acier dans des conditions particulières, est un phénomène connu et redouté sur les installations nucléaires. Il fait l'objet de surveillance. Mais là le problème c'est qu'il n'était pas anticipé qu'une telle corrosion puisse apparaître aussi tôt. Donc, il y a tout un questionnement et c'est bien pour cela que la situation est dramatique, puisqu'on a vu apparaître ce phénomène. Mais on n'a pas d'explications très claires sur les raisons et les conditions de cette apparition. Donc, on ne peut pas exclure que ce même phénomène n'existe pas sur d'autres réacteurs.

Est-ce long de vérifier tous les réacteurs ?

Oui et non. Il y a une première vérification qui va être longue mais qu'EDF est en train de faire. C'est une lecture des derniers contrôles. Ils sont faits tous les 10 ans quand on arrête et inspecte en profondeur les réacteurs. Donc, on peut regarder s'il y a des choses qu'on n'aurait pas vues ou mal interprétées à l'époque et qui seraient des indices de l'apparition de ces défauts. Mais ce qui est nécessaire, c'est d'aller inspecter en direct ces réacteurs, mais pour le faire il faut les arrêter. C'est compliqué du point de vue de la sécurité électrique, surtout actuellement où le système électrique est sous forte tension.

Peut-on manquer d'électricité ?

Cela fait des années que l'on alerte sur une dépendance croissante de notre système électrique, d'un parc nucléaire vieillissant et donc de plus en plus susceptible de rencontrer ce type de problème. On est dans une situation où il y a un arbitrage pratiquement impossible à faire entre la précaution d'un point de vue de la sûreté et la sécurité électrique. Fermer davantage de réacteurs alimenterait le risque de rupture de fournitures. On a donc un arbitrage impossible à faire qui va se traduire probablement par le fait de retarder la sûreté pour maintenir à tout prix la sécurité électrique.

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