"S'il n'y a plus de maternité, il n'y a plus personne" : dans l'Eure, la commune de Bernay mobilisée pour sauver sa maternité

Dans l'Eure, élus, habitants et personnels se mobilisent pour sauver la petite maternité de Bernay, dans l'Eure, dont la fermeture est prévue cet automne.

FRANCEINFO

Ils veulent tout faire pour sauver la petite maternité de Bernay, dans l'Eure, que l'Agence régionale de santé (ARS) veut remplacer par un centre périnatal. Jeudi 29 mars, des élus du département sont reçus par la ministre de la Santé Agnès Buzyn pour discuter de ce dossier. Une pétition contre cette fermeture a recueilli plus de 2 000 signatures. 

La maternité, rattachée au centre hospitalier de Bernay, dessert tout l'ouest de l'Eure. Elle doit cesser de fonctionner à l'automne. D'une part, la Haute Autorité pour la santé a retiré sa certification à l'hôpital fin 2017 (lire le rapport). D'autre part, l'ARS estime que le service n'enregistre pas assez de naissances et coûte trop cher. 

Eure : élus et habitants réclament le maintien de la maternité - un reportage d'Ariane Griessel
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Bernay compte 11 000 habitants. La maternité, située un peu à l'écart du centre-ville, a enregistré 406 naissances l'an dernier. Le seuil pour maintenir un tel service est de 500 bébés par an. Louis est né ici, il y a trois jours. C'était "lundi matin à 7h33", précise sa maman.

Si la maternité ferme, la seule solution sera d'aller à Lisieux, dans le Calvados (30 km) ou à Évreux, dans l'Eure (50 km). Pour la jeune femme, ce serait beaucoup trop loin : "Je n'aurais pas pu aller à une autre maternité parce que je suis arrivée à 7 heures à l'hôpital, à 7h30 il était là, raconte-t-elle. Il n'aurait pas fallu plus sinon j'accouchais dans la voiture." Elle a une voiture, ce n'est pas le cas de tout le monde. Or, il n'y a pas beaucoup de transports publics dans le secteur. Si l'on en croit le personnel soignant, de nombreuses femmes arrivent d'ailleurs en scooter pour accoucher. 

Un rôle social essentiel

Toujours selon le personnel, cette maternité occupe un rôle social que le centre périnatal n'arriverait pas à remplir. C'est "une population avec des difficultés psycho-sociales", indique Sarah Féreau, infirmière à la maternité. Elle évoque notamment les femmes battues : "Nous sommes formés pour dépister et prendre en charge les violences faites aux femmes", assure-t-elle.

La proximité et la disponibilité de notre service sont vraiment des atouts.

Sarah Féreau, infirmière à la maternité de Bernay

à franceinfo

Le petit service de maternité à l\'hôpital de Bernay, dans l\'Eure, en mars 2018.
Le petit service de maternité à l'hôpital de Bernay, dans l'Eure, en mars 2018. (ARIANE GRIESSEL / FRANCEINFO)

Quand la Haute Autorité de santé a décidé de retirer sa certification à l'hôpital en novembre 2017, elle a invoqué des questions de sécurité. Or, ses inspecteurs étaient passés un an et demi auparavant et, selon le personnel, des travaux avaient été faits entre-temps. C'est "surtout un prétexte pour fermer la maternité", estime Jean-Hugues Bonamy, le maire de la commune. 

"En général, quand un centre hospitalier n'est pas certifié, la décision qui est prise par l'Agence régionale de santé, c'est de fermer derrière un certain nombre de services, indique l'élu. Donc, c'est la crainte que je peux avoir pour le centre hospitalier de Bernay. Pour moi, la décision a été prise bien avant."

Un million d'euros de déficit annuel

La maternité enregistre un déficit d'un million d'euros par an. Une somme bien trop importante pour Laurent Charbois, le directeur du centre hospitalier. "Aujourd'hui, l'établissement est dans une situation budgétaire qui ne lui permet plus d'investir, analyse-t-il. La maternité est une activité coûteuse, notamment parce que le nombre d'accouchements est relativement limité à Bernay."

Limiter ce déficit lié à cette activité maternité, c'est redonner des possibilités pour les autres activités de l'hôpital.

Laurent Charbois, directeur du centre hospitalier de Bernay

à franceinfo

Il y a trois jours, Laurent Charbois a tenté d'expliquer ses arguments au personnel, mais ses explications sont difficilement audibles pour le personnel soignant. "Ce n'est pas une entreprise qui produit de l'argent, proteste Ibrahim Makké, le chef du pôle maternité. Qu'ils disent qu'il y a moins d'accouchements, c'est national. S'il n'y a plus de maternité, il n'y a plus personne à Bernay."

La sécurité n'a pas de prix.

Ibrahim Makké, chef du pôle maternité de Bernay

à franceinfo

Une banderole pour défendre la maternité à Bernay, dans l\'Eure, en mars 2018.
Une banderole pour défendre la maternité à Bernay, dans l'Eure, en mars 2018. (ARIANE GRIESSEL / FRANCEINFO)

Le slogan rose et bleu "Une maternité à Bernay" s'affiche un peu partout dans la ville. Beaucoup d'habitants et membres du personnel craignent que les autres services de l'hôpital ferment à leur tour. L'Eure est déjà le dernier département de métropole en termes de présence de médecins par habitant.

Une banderole installée sur la façade de la mairie de Bernay, dans l\'Eure, en mars 2018, pour défendre la petite maternité de la commune, menacée de fermeture.
Une banderole installée sur la façade de la mairie de Bernay, dans l'Eure, en mars 2018, pour défendre la petite maternité de la commune, menacée de fermeture. (ARIANE GRIESSEL / FRANCEINFO)