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"Hollande pense qu'il a besoin de Montebourg comme anti-Valls"

Gérard Grunberg, politologue, explique à francetv info pourquoi le ministre du Redressement productif reste au gouvernement.

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Propos recueillis par - Camille Caldini
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Arnaud Montebourg sur le plateau de TF1, le 1er décembre 2012. (BERNARD BISSON / JDD / SIPA)

FLORANGE - Les derniers échanges entre Arnaud Montebourg et Jean-Marc Ayrault ont été musclés. Désavoué sur le dossier Florange, le ministre du Redressement productif a menacé de démissionner, samedi 1er décembre. L'Elysée a dû batailler pour le convaincre de garder son maroquin. Pourquoi François Hollande a-t-il tant besoin d'Arnaud Montebourg ? Et pourquoi celui-ci, qui a déjà avalé quelques couleuvres, reste-t-il ? Francetv info a interrogé Gérard Grunberg, politologue, directeur de recherche émérite au CNRS et au Centre d'études européennes de Sciences Po.

Francetv info : A quoi sert Arnaud Montebourg au gouvernement ?

Gérard Grunberg : Arnaud Montebourg sert à François Hollande car il représente les sensibilités de la gauche du parti socialiste. Vu la manière dont le président de la République a réorienté sa politique, plus social-démocrate, il pense avoir besoin de quelqu'un comme Montebourg. Il représente une gauche un peu anti-mondialisation, plus traditionelle, qui rêve encore de nationalisation. D'une certaine façon, c'est un anti-Valls. Ce sont deux jeunes leaders assez populaires, qui ont de l'ambition, et malgré cela, ils incarnent des visions différentes de la politique. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, est plutôt proche d'une social-démocratie plus moderne, plus libérale.

Sert-il aussi de ballon d'essai, pour tester des idées difficiles à faire passer ?

Je n'irais pas jusque-là. Hollande ne peut pas l'utiliser de cette manière, car cette méthode coûte cher politiquement. En revanche, il est possible que François Hollande s'appuie sur son caractère dans les négociations qu'il sait difficiles, comme avec ArcelorMittal.

Quelles sont les conséquences sur sa crédibilité ?

Son ministère a déjà peu de moyens pour mener ses actions, comparé au ministère de l'Economie, dont il partage les locaux à Bercy. En plus de cela, à force de rebuffades et de remises en question de sa vision du capitalisme, il risque en effet de perdre en crédibilité. Mais c'est à lui d'en juger. Même sa menace de quitter le gouvernement peut jouer contre lui. Moi, les gens qui disent "retenez moi, sinon je m'en vais", je n'y crois pas trop. S'il avait vraiment voulu partir, il l'aurait fait.

Alors pourquoi reste-t-il ?

Arnaud Montebourg a un tempérament actif, il a de l'énergie. Ça lui va assez bien d'être ministre et il doit aimer ça. Comme je le disais plus tôt, c'est un ambitieux. Il doit estimer que rester au gouvernement sert pour le moment sa carrière. Mais si un jour il juge qu'il risque d'être considéré comme inutile, il partira. Il pourrait alors entrer dans une forme d'opposition de gauche. C'est aussi pour cela que François Hollande a plus intérêt à le garder au gouvernement qu'à le laisser partir.

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