Grève dans les crèches : pourquoi les professionnels de la petite enfance se mobilisent dans tout le pays

Le collectif Pas de bébés à la consigne dénonce notamment la pénurie de professionnels qualifiés. 

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Le vestiaire d'une crèche à Paris, le 15 septembre 2022. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

Des rassemblements et manifestations sont prévus dans une soixantaine de villes en France. Les professionnels de la petite enfance sont appelés à se mobiliser et se mettre en grève, jeudi 6 octobre. A Paris, une manifestation s'élance à 10 heures de la place des Droits de l'Enfant pour se diriger vers le ministère des Solidarités. Franceinfo liste les motifs de la grogne dans un secteur en souffrance.

Une pénurie de professionnels qualifiés

"Nous exigeons des mesures immédiates contre la pénurie de professionnels", écrit le collectif Pas de bébés à la consigne dans un communiqué daté du 29 septembre. En France, le nombre de places proposées par les établissements d'accueil du jeune enfant a augmenté sur la dernière décennie pour atteindre 471 000 en 2019, la plupart gérés par les municipalités. Mais près de la moitié des établissements (48,6%) déclarent pâtir d'un manque de personnel, selon une enquête réalisée par la caisse nationale d'allocations familiales et publiée en juillet.

L'empoisonnement d'un bébé au Destop par une auxiliaire de puériculture dans une crèche People & Baby à Lyon, en juin, a mis en lumière la situation critique dans un secteur qui peine à susciter des vocations et à recruter. Cette pénurie est même devenue "le problème numéro un du secteur", confiait à franceinfo Elisabeth Laithier, présidente du comité de filière petite enfance mis en place en janvier par le gouvernement pour répondre aux difficultés de la profession. La Première ministre, Elisabeth Borne, s'est engagée à créer 200 000 places d'accueil pour répondre au besoin urgent de solutions de garde des tout-petits.

Mais les établissements d'accueil du jeune enfant (EAJE) peinent à attirer des puéricultrices, ces salariées qualifiées qui doivent représenter 40% minimum du personnel d'une crèche, comme le précise le ministère des Solidarités et de la Santé (PDF), avec des éducateurs de jeunes enfants, des auxiliaires de puériculture, des infirmiers ou des psychomotriciens, tous diplômés d'Etat. En cause : une image dégradée du métier.

Des salaires jugés insuffisants 

C'est l'autre point noir, selon le collectif, qui empêche d'attirer de jeunes recrues : le niveau de rémunération est jugé insuffisant. Après 14 ans d'activité au sein d'une crèche municipale à Toulouse (Haute-Garonne), Nadia, une auxiliaire de puériculture qui se confie à France 3 Occitanie, affirme être "rémunérée 1 650 euros net par mois"

Les salaires stagnent, "misérables", confirme dans Le Parisien Blandine Leroy, éducatrice de jeunes enfants, directrice d'une structure associative à Paris et membre du Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE). "J'ai vu récemment des offres d'emploi pour des postes de direction dans l'est de la France à 2 200 euros net par mois", illustre-t-elle.

Les métiers de la petite enfance nécessitent pourtant jusqu'à quatre ans de formation. Mais quel que soit le niveau de diplôme, les rémunérations sont jugées trop faibles. "Les CAP démarrent au smic, les auxiliaires à peine plus. C'est misérable, alors qu'ils font un travail de dingue. Dans les crèches de moins de 20 berceaux, elles gèrent tout : l'accueil des enfants, elles donnent les repas, font le ménage", énumérait pour franceinfo Fabien Marchand, délégué Ile-de-France de l'Association nationale des puéricultrices diplômées et des étudiantes (ANPDE). 

Un arrêté qui permet de recruter plus facilement des salariés non diplômés 

"C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase", commente auprès de l'AFP Julie Marty Pichon, représentante de Pas de bébés à la consigne. Le collectif réclame le retrait d'un arrêté paru cet été, qui permet de recruter plus facilement des salariés non diplômés et de les former en interne pour faire face à la pénurie de personnel. Ce texte "dit que nos métiers ne valent rien, qu'il n'y a pas besoin de compétences", ajoute Julie Marty Pichon en dénonçant le "mépris" du gouvernement.

"Ça veut dire que tout le monde peut s'occuper des enfants alors ! Ce n'est pas possible, ce n'est pas logique, je peux être ministre alors !", appuie Nadia depuis Toulouse.

"On nous demande d'être diplômé, de réfléchir à notre travail et il y a plein de choses à faire pour les enfants de ce quartier. Mais là, on brade notre travail, ça fait mal !"

Nadia, auxiliaire de puériculture à Toulouse

à France 3 Occitanie

Le collectif estime que les "garanties" apportées par l'arrêté sur l'encadrement de ces salariés non diplômés sont "illusoires" : "L'accompagnement de ces personnels par des équipes déjà en grande difficulté sera réduit à la portion congrue, il seront en responsabilité auprès des enfants après une semaine de présence." C'est pourquoi Pas de bébé à la consigne demande à la place "l'augmentation immédiate et massive des places en centres de formation pour les métiers de la petite enfance". Et propose, par exemple, de garantir la présence d'un professionnel pour encadrer cinq enfants, au lieu de huit actuellement si les enfants savent marcher.

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