Semaine de 15 heures, revenu universel... Les idées folles de Rutger Bregman l'auteur d'Utopies Réalistes

Interviewé par Brut le 13 septembre, l’auteur d’Utopies Réalistes assume, sans langue de bois, son optimisme intellectuel.

Le jeune néerlandais Rutger Bregman a écrit Utopies Réalistes, le livre coup-de-poing de cette rentrée. "Utopique" et "Réaliste", c’est aussi ce qui ressort de son auteur, que Brut a rencontré le 13 septembre.

Tout a commencé sur la plateforme néerlandaise de journalisme collaboratif De Correspondent, où Rutger Bergman, "l’enfant prodige aux nouvelles idées" selon The Guardian, a exposé les grands principes de son best-seller.

Semaine de 15 heures et "économie de savoir"

Le jeune écrivain rappelle qu’en 1930, l’économiste Keynes "disait qu’en 2030, on ne travaillerait que 15h par semaine." De quoi remettre en cause nos croyances sur la semaine de 35 heures selon Rutger Bregman, qui déclare que cette idée n’existe "que depuis les années 1980." Moins de stress et pouvoir être vraiment utile à la société, c’est au programme pour l’auteur qui souhaite ardemment établir la semaine de 15 heures telle qu’annoncée par John Maynard Keynes.

L’auteur emploie l'expression "knowledge economy" pour désigner les heures que l’on perd à trop travailler (voir aussi : Quand le présentéisme coûte très cher). Ce terme provocateur peut se traduire par "l’Économie du savoir"… ou l’économie de savoir?

"De nos jours, il y a des millions de gens assis à leurs bureaux, surfant sur Facebook (…), écrivant des rapports que personne ne lira." Parmi ses critiques réalistes de la société, celle-ci est peut-être la plus évocatrice.

Revenu universel, le concept "gagnant-gagnant"

 Le revenu universel, c’est son idée de la société la plus évoluée possible. "J’aimerais vivre dans une société où les agents d’entretien gagnent plus que les banquiers", exprime-t-il. Bregman pense que ce projet permettrait à tout le monde d’être "libre d’investir dans sa vie et faire de meilleurs choix."

La logique du néerlandais, déconcertante, remet en ordre certaines croyances. "Les riches pourront aussi tirer bénéfice d’une société où il n’y aurait plus de sans abris", dit-il.

Le monde peut aller encore mieux…

 Rutger Bregman livre une analyse sans concessions de notre époque, où la pensée intellectuelle de gauche, qu’il appelle "socialisme perdant", est résolument tournée vers le passé et obsédée par réparer le mal qui a été fait.

Ainsi, au lieu de se limiter à la critique de tout ce qui ne va pas dans le monde, il est tout à fait possible d’envisager un monde meilleur. "Nous avons besoin de nouvelles idées qui vont au-delà de la vieille distinction politique entre la gauche et la droite".

Il appelle également à ne pas émettre une vision du monde à partir des actualités moroses de notre époque, au risque de penser que "tous les gens sont corrompus, fainéants et égoïstes." Études scientifiques à l’appui, il déclare qu’au contraire "la plupart des gens veulent faire quelque chose de leur vie".

…Avec les utopies réalistes

 La deuxième phrase de son livre annonce la couleur : "Dans le passé, tout était pire." Point. Ce que nous concevons comme un monde en déclin n’a en réalité jamais offert autant d’abondance, d’hygiène et de sécurité, explique l’auteur. "Pendant à peu près 99% de l’histoire du monde, 99% de l’humanité a été pauvre, affamée, sale, craintive, bête, laide et malade."

Pour construire un monde meilleur, il s’agit donc d’avoir une vision tournée vers l’avenir, sans perdre de vue où l’on veut aller.

Selon l’écrivain, nous sommes aujourd’hui habitués à l’abolition de l’esclavage : à l’époque, "ce n’étaient que des idées folles mais maintenant, nous pensons que c’est juste normal." Le rêve le plus inspirant, celui de Martin Luther King, était imprégné de cette mentalité. Bergman ne se prive pas de le rappeler : "Martin Luther King n’a jamais dit : ‘J’ai fait un cauchemar.’ "

Retrouvez l'interview complète sur la page Facebook de Brut Media.