L’écrivain Sorj Chalandon raconte la catastrophe oubliée de la mine de Liévin en 1974

Le 27 décembre 1974, 42 hommes sont morts dans une mine dans le nord de la France. Sorj Chalandon leur rend hommage dans un roman.

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« Non seulement ils sont morts pour rien, mais ils auraient dû ne pas mourir. » Dans son livre Le jour d’avant, l’auteur Sorj Chalandon rend hommage aux 42 morts de la catastrophe oubliée de la mine de Liévin, le 27 décembre 1974. Il raconte. 

« Il y aurait dû avoir une tournée de contrôles sur le grisou qui n’a pas eu lieu. » 

« À Liévin, dans le Nord, il y a des hommes qui sont descendus à la mine, comme chaque jour. Cette fosse-là s’appelle la fosse Saint-Amé. Cela faisait plusieurs jours déjà qu’ils trouvaient que l’air était irrespirable, plusieurs semaines même. Ils se plaignaient. Il y a même des gens qui s’étaient faits porter pâle, qui ne voulaient pas descendre. C’était une fosse qui allait fermer en fait. Et les problèmes de sécurité n’avaient pas été pris en compte. Elle n’était pas ventilée, elle était mal dégrisoutée. Il y aurait dû avoir une tournée de contrôles sur le grisou qui n’a pas eu lieu. » raconte l’auteur. 

Le 27 décembre 1974, ces hommes « ne descendent pas dans une fosse de mine, ils descendent dans un lance-flammes. Il suffisait de la moindre étincelle pour que tout brûle et tout a brûlé. C’est pas 42 hommes qui sont morts à cause de la fatalité, c’est 42 hommes qui sont descendus dans un endroit où ils n’auraient pas dû descendre. » Avant d’ajouter : « Ils sont morts parce que le grisou cette fois-là avait un complice : les Charbonnages de France. »

« 10 000 francs d’amende pour 42 morts »

Selon lui, cette catastrophe est « la dernière plus grande catastrophe de mine en France. Ce qui a été bouleversant c’est qu'on s’est aperçus que le drame de Liévin ne serait pas un drame national. Il faut vous imaginer, il y a 42 cercueils pour la cérémonie et le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, ne se déplace pas. Il envoie Jacques Chirac son Premier ministre. » Ce dernier avait d’ailleurs déclaré que « toute la lumière sera faite sur les conditions dans lesquelles la catastrophe de la fosse 3 s’est produite. »

Un procès a en effet eu lieu : « On a trouvé un lampiste, un monsieur qui s’appelait Coquidé qui était le responsable du siège. Il a été condamné à 10 000 francs d’amende… pour 42 morts. Les Charbonnages de France ont été déclarés responsables mais pas coupables. Terminé. On ferme les mines, on ferme les puis les uns après les autres. On tourne la page du charbon. » Cette catastrophe, pour Sorj Chalandon, a marqué « la fin du charbonnage en France », et au-delà « la fin d’un monde ouvrier et la fin de la mine. » 

L’écrivain a décidé d’écrire ce roman car « c’est 42 morts pour rien, qui ont été oubliés. […] Et n’y avait rien dessus. Je me suis retrouvé à 22 ans en me disant : "Voilà, tu arrives dans un monde où on peut mourir d’aller travailler. " Le travail qui est le lieu de la dignité, ce jour-là c’était le lieu de la fosse commune. »

L’écrivain Sorj Chalandon raconte la catastrophe oubliée de la mine de Liévin en 1974
L’écrivain Sorj Chalandon raconte la catastrophe oubliée de la mine de Liévin en 1974 (BRUT)