La ville de Vence est contre la déforestation... mais favorable à sa terrasse en bois d'Amazonie

À Vence, dans les Alpes-Maritimes, les écoles tentent de sensibiliser les enfants à la déforestation en conviant un chef Papou à venir les rencontrer. Mais quand il s'agit de rénover la piscine municipale, la mairie commande un bois rare du Brésil...

C’est l’histoire d’élus locaux qui s’émeuvent de la déforestation dans l’hémisphère Sud. Mais il y a les paroles… et puis les actes : pour offrir à leur commune une belle terrasse en bois exotique, ces mêmes élus semblent beaucoup moins attachés aux arbres !

À Vence, dans les Alpes-Maritimes, c’était l’événement de ce printemps. La visite d’un chef papou, Mundidjé Kepanga, venu présenter son film Frères des arbres. Il dénonce la surexploitation de bois exotique qui détruit les forêts primaires en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et partout sur la planète. Un message relayé devant les enfants, qui lui vaut même de recevoir la médaille de la ville des mains de Madame la Maire, Catherine Le Lan. 

Une terrasse en bois d’Amazonie

Pourtant, quelques semaines après le passage du chef Papou, un opposant à l’équipe municipale, Cyril Coudert, découvre une terrasse de 140 mètres carrés de bois exotique en cours d’installation à la piscine de la ville. « Étant du métier, je me suis tout de suite rendu compte qu’il s’agissait d’Ipé, un bois du Brésil. C’est forcément un bois qui a été extrait de la forêt primaire » relève-t-il. « On a d’un côté quelqu’un qui vient nous expliquer qu’il ne faut pas enlever de bois exotique de la forêt, et de l’autre, on met du bois exotique. Donc l’incohérence, elle est là ! » 

Une incohérence ? La maire (sans étiquette) et son adjoint écologiste Patrice Miran assument leur choix, et n’y voient aucune contradiction. « Pourquoi de l’Ipé ? Parce qu’il faut que ce soit pérenne, il faut que ça dure, on ne va pas le changer tous les 5 ans, et il ne faut pas qu’il y ait d’échardes » explique l'élue. « C’est un bois qui vient du Brésil et qui correspond à toutes les normes d’exploitation de forêts durables, » ajoute son adjoint. Comment le sait-il ? « Parce que c’est notre fournisseur qui nous le dit », affirme-t-il.   

Des trafics d’Ipé qui accélèrent la déforestation  

Contacté, ledit fournisseur confirme avoir tous les certificats brésiliens en règle. Mais pour autant, est-il certain que ce bois n’est pas issu d’une forêt surexploitée ?

Non, je ne peux pas le garantir. Personne ne peut le garantir. Suivre de bout en bout la traçabilité du produit, ça reste compliqué. Même au sein de l’organisme national brésilien pour vérifier la traçabilité, en interne vous avez des gens qui sont soudoyés et qui font un peu tout et n’importe quoi.

Bruno Deveau - Gérant de "Nature Bois Concept"

à France 2

Des trafics d’Ipé brésilien confirmés par Greenpeace dans un rapport paru l’an dernier. « L’ipé est surexploité », explique Clément Sénéchal. « C’est un arbre qui met longtemps à pousser, et aller chercher de l’Ipé, c’est couper beaucoup d’arbres autour pour faire des routes dans les forêts. C’est le premier pas vers la déforestation massive. » 

Aujourd’hui, en France, plusieurs collectivités évitent l’usage de bois exotique. Quant au chef Papou, il a prévu de revenir à Vence dans quelques semaines. Pas sûr, cependant, qu'il inaugure la piscine.

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