Armement : un rapport de référence prédit une hausse du nombre mondial de têtes nucléaires, une première depuis la fin de la guerre froide

"Tous les Etats équipés de l'arme nucléaire augmentent ou modernisent leurs arsenaux", s'inquiète l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.

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France Télévisions
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Le sous-marin nucléaire "Le Terrible", lors de son inauguration, le 21 mars 2008, à Cherbourg (Manche). (MYCHELE DANIAU / AFP)

Après trente-cinq ans de déclin, un rebond est annoncé. Le nombre d'armes nucléaires dans le monde devrait repartir à la hausse dans la décennie à venir, selon un rapport de référence publié lundi 13 juin. Le risque d'escalade est désormais au plus haut de l'ère post-guerre froide, alerte l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Depuis son record absolu de 1986 (plus de 70 000 têtes), ce total a été divisé par plus de cinq, avec la baisse régulière des énormes arsenaux russes et américains constitués durant la guerre froide. Début 2022, les neuf nations dotées de "la bombe" détenaient 12 705 têtes nucléaires, soit 375 de moins que début 2021, selon les estimations du Sipri.

Mais cette ère de désarmement touche certainement à sa fin, prédit le centre de recherche suédois. "Bientôt, nous allons arriver à un point où, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, le nombre d'armes nucléaires dans le monde pourrait commencer à augmenter, ce qui est un phénomène réellement dangereux", a déclaré Matt Korda, l'un des coauteurs des travaux. Après la baisse "marginale" observée l'an passé, l'arsenal mondial devrait recommencer à progresser "au cours de la décennie à venir", selon le Sipri.

Près de 6 000 têtes nucléaires en Russie

La guerre en Ukraine s'est traduite par plusieurs références explicites du président russe Vladimir Poutine à l'usage de l'arme atomique. Plusieurs autres pays, comme la Chine et le Royaume-Uni, mènent officiellement ou officieusement des plans de modernisation ou de développement de leurs arsenaux, souligne l'institut.

"Il va être très difficile de faire des progrès sur le désarmement dans les années à venir à cause de cette guerre et de la façon dont Poutine parle de ses armes nucléaires", selon Matt Korda. Pour lui, ces déclarations inquiétantes "poussent beaucoup d'autres puissances ayant l'arme nucléaire à repenser leurs propres stratégies atomiques".

Selon les dernières estimations du Sipri, la Russie est toujours la première puissance atomique mondiale, avec 5 977 têtes (-280 sur un an) déployées, stockées ou en attente de démantèlement début 2022. Près de 1 600 d'entre elles seraient opérationnelles, selon l'institut. Les Etats-Unis ont eux 5 428 têtes (-120) mais avec davantage d'armes déployées (1 750).

Suivent la Chine (350), la France (290), le Royaume-Uni (225), le Pakistan (165), l'Inde (160) et Israël (90), seule puissance des neuf ne reconnaissant pas officiellement détenir l'arme atomique. Quant à la Corée du Nord, le Sipri estime pour la première fois que le régime communiste de Kim Jong-Un a assemblé 20 têtes nucléaires. Pyongyang a suffisamment de matière fissile pour en produire une cinquantaine.

Un arsenal chinois doublé d'ici cinq ans ?

Malgré des déclarations diplomatiques, "tous les Etats équipés de l'arme nucléaire augmentent ou modernisent leurs arsenaux et la plupart durcissent leur rhétorique nucléaire et le rôle des armes atomiques dans leurs stratégies militaires", selon le Sipri. "En Chine, une augmentation substantielle de l'arsenal nucléaire est en cours, avec des images satellites indiquant la construction de plus de 300 nouveaux silos de missiles", affirme l'organisme. Selon le Pentagone, Pékin pourrait disposer de 700 têtes d'ici 2027.

Le Royaume-Uni a annoncé, l'an dernier, relever le plafond de son arsenal nucléaire et décidé de ne plus communiquer le nombre de ses armes opérationnelles. La France a, elle, lancé en 2021 un nouveau programme de sous-marins nucléaires, et tant l'Inde que le Pakistan et Israël semblent également développer leurs arsenaux, selon le Sipri.

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