Nucléaire : le retrait des Américains du traité FNI sonne "le retour d'une menace sur les États européens"

Les États-Unis ont confirmé vendredi leur sortie officielle du traité de désarmement FNI, en accusant à nouveau la Russie de violer ce texte bilatéral emblématique, conclu pendant la guerre froide.

Donald Trump et Vladimir Poutine, le 7 juillet 2017 au G20, en Allemagne.
Donald Trump et Vladimir Poutine, le 7 juillet 2017 au G20, en Allemagne. (SAUL LOEB / AFP)

Les États-Unis se retirent du traité FNI (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire), au motif que les Russes ne le respectent plus depuis longtemps. "C'est le retour d'une menace sur les États européens", a déclaré, vendredi 2 août sur franceinfo, Jean-Marie Collin, porte-parole France de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN).

franceinfo : C'est le retour de la guerre froide ?

Jean-Marie Collin : C'est surtout le retour d'une menace sur les Etats européens. Les leaders politiques européens et la population européenne n'en ont pas encore pleinement conscience. Il va falloir que chacun se rappelle de la situation des années 80. On était dans une vraie peur et une possibilité d'utilisation, et ces risques peuvent revenir rapidement.

Les Américains accusent les Russes de ne pas avoir joué le jeu de ce traité en déployant des missiles qui menacent des villes européennes. Les Russes de leur côté accusent les Américains d'en rajouter de façon volontaire pour sortir du traité et développer de leur côté de nouveaux missiles.

Qui dit vrai dans ce bras de fer ?

Le problème n'est plus de savoir qui dit vrai ou qui dit faux. Le problème est de savoir si l'un comme l'autre souhaitaient véritablement conserver ce traité. C'est ça la réalité, puisque les Etats-Unis s'ils voulaient vraiment conserver ce traité, auraient continué et forcé la Russie par différents moyens, notamment par le biais d'une commission spéciale qui existe au sein de ce traité pour travailler et voir quels étaient les risques et violations éventuelles que la Russie posait. Or on a la sensation que ça arrangeait les deux Etats de sortir de ce traité pour pouvoir développer une nouvelle catégorie de missiles.

Que prévoyait cet accord ?

Cet accord prévoyait l'interdiction et l'élimination complètes d'une catégorie d'armes, des missiles basés au sol - des missiles qui pouvaient porter des armes conventionnelles comme des armes nucléaires. C'est le seul et le premier traité qui a éliminé une catégorie complète. Donc, c'est un adieu à un traité fait à la fin de la guerre froide qui a permis une confiance entre les Etats, d'engager une machinerie du désarmement nucléaire. Et c'est là-dessus aujourd'hui que la campagne ICAN et que de nombreux acteurs à travers le monde s'interrogent : sur la volonté réelle de ces deux Etats, comme aussi des autres Etats qui possèdent des armes nucléaires, à respecter leurs engagements pour aller au désarmement nucléaire. La grande question, c'est qu'est-ce que nos Etats européens font, puisque c'est l'Europe qui est visée en premier, qu'est-ce que les parlementaires français font. On n'a pas vu une grande manifestation de leur part sur ce type de sujets pour travailler, s'interroger ou médiatiser ces informations. La France a aussi sa part de responsabilité, sur ces risques que ça va faire courir à l'ensemble de la communauté internationale.

Selon vous, comment doit se positionner à la fois l'Europe et les autorités françaises ?

C'est assez simple. Tous ces Etats qui possèdent des armes nucléaires ont refusé de participer il y a deux ans à la négociation d'un traité pour interdire les armes nucléaires. Un traité qui a été adopté à l'ONU même sans leur participation, qui est en cours de ratification et va devenir une norme internationale. Si ces Etats pensent véritablement que les armes nucléaires posent une menace à la sécurité internationale, ils ont simplement à rejoindre cette communauté d'Etats, la majorité d'Etats du monde, qui ne veut plus d'armes nucléaires. Il faut réfléchir déjà au processus de désarmement nucléaire. Or ce sont des points sur lesquels ils ne veulent pas ouvrir leur conscience. C'est là-dessus que ces Etats doivent travailler, que les parlementaires français et les parlementaires européens doivent travailler, pour avancer à une meilleure sécurité internationale.