Crise des sous-marins : "Une décision brutale, presque grossière", estime le diplomate Hubert Védrine

Ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine qualifie la décision française de rappeler ses ambassadeurs en Australie et aux États-Unis d'"acte politique justitifé".

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Radio France
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Hubert Védrine, le 16 octobre 2020. (GUILLAUME GEORGES / MAXPPP)

"C'est une décision brutale, presque grossière", estime samedi 18 septembre sur franceinfo Hubert Védrine, président de l’Institut François Mitterrand, diplomate et ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Lionel Jospin entre 1997 et 2002. L'Australie a annulé le gigantesque contrat qui la liait à la France pour la fourniture de douze sous-marins au profit d'une commande aux États-Unis. En réponse, Paris a rappelé ses ambassadeurs à Washington et Canberra.

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"La France marque le coup après une décision inacceptable, dans la forme notamment", note Hubert Védrine. "Si le président Joe Biden voulait vraiment changer la stratégie des États-Unis dans le Pacifique, il aurait commencé par appeler le président Macron en disant 'On va faire jouer un rôle plus grand à l'Australie, sur le plan nucléaire on va monter d'un degré et ça aura des conséquences pour vos relations avec l'Australie. Parlons-en.'"

"Même entre alliés, les pays n'ont pas d'amis"

Pour l'ancien ministre des Affaires étrangères : "Si on peut comprendre la stratégie globale de Biden vis-à-vis de la Chine, on ne peut pas comprendre la méthode. Cela doit être un rappel à la réalité pour les Français et les Européens sur la réalité des rapports de force internationaux. Même entre alliés, les pays n'ont pas d'amis." En réponse à cette crise des sous-marins, la France a décidé de rappeler pour la toute première fois ses ambassadeurs en Australie et aux États-Unis. "Un acte politique justifié", selon Hubert Védrine. "Le gouvernement a raison. Il ne pouvait pas faire moins, il ne pouvait pas dire 'on regrette mais ce n'est pas grave'". Selon le président de l’Institut François Mitterrand, cette décision ne doit être qu'une première étape avant "d'évaluer les conséquences dans les relations bilatérales franco-américaines, dans les relations par rapport à l'OTAN."

"La France doit réagir calmement, mais très fermement."

Hubert Védrine

à franceinfo

Il appelle le gouvernement français à faire preuve d'une grande autorité et détermination. "Il faut montrer aux Américains que traiter des alliés de façon aussi stupide ça à un coût politique, dans d'autres domaines, sur d'autres terrains, avant d'ajouter, si on s'écrase, les Américains ne nous respecteront pas. Le paradoxe c'est que la seule armée au monde que l'armée américaine respecte, c'est la nôtre. Il y a beaucoup de domaines où les Américains disent qu'ils sont heureux que la France soit là avec ses propres capacités. Après, quelles sont les leçons à tirer ? Je n'en sais rien. C'est au président, aux ministres, au gouvernement de tirer les leçons adéquates."

Se rapprocher des autres pays européens 

"Il faut qu'on détermine nos intérêts à nous", analyse le diplomate. "Nous sommes alliés des États-Unis et il y a des domaines dans lesquels on ne peut pas s'en passer, d'autres dans lesquels on peut. Il faut travailler d'urgence avec les autres Européens pour montrer aux Américains que s'ils veulent maintenir une alliance, il leur faut un comportement différent." "Pourquoi faire ça ?" se questionne Hubert Védrine. "Le message envoyé à l'ensemble des alliés et pays protégés par les États-Unis est épouvantable du point de vue des intérêts américains."

Finalement, l'ancien ministre des Affaires étrangères conclut : "C'est une occasion pour la France de faire réagir les autres Européens. De leur montrer qu'on ne peut jamais compter entièrement sur un autre pays, même un allié historique et fiable. Les pays d'Europe sont terrorisés à l'idée de faire quoi que ce soit qui puisse énerver les américains. C'est une occasion de faire bouger les autres nations européennes. C'est le travail des prochains mois. D'ailleurs la France prendra la présidence tournante de l'Union européenne l'an prochain. Cela pourra être l'occasion de tenir ce genre de propos. Il faut y aller franco."

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