Trois questions sur le thiaclopride, un insecticide "tueur d'abeilles" dans le viseur des autorités

Cette substance n'était pas concernée par le moratoire pris au niveau européen en 2013 sur les néonicotinoïdes. Résultat : ses ventes ont explosé.

Des abeilles photographiées à Francfort (Allemagne), le 4 mars 2018.
Des abeilles photographiées à Francfort (Allemagne), le 4 mars 2018. (FRANK RUMPENHORST / DPA)

Ce néonicotinoïde n'a jamais eu autant le vent en poupe. L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a recommandé, lundi 5 mars, dans un rapport d'étape de réduire "au maximum (les) usages" du thiaclopride dès 2018, "compte tenu de ses caractéristiques de danger, de l'accroissement important de son utilisation constatée au cours de la période 2010-2015." Franceinfo revient en trois questions sur cet insecticide controversé.

Qu'est-ce que le thiaclopride ?

Le thiaclopride est utilisé par les agriculteurs pour lutter contre les insectes tels que les pucerons et les doryphores, qui endommagent notamment les cultures de colza, de maïs et de pommes de terre.

Cet insecticide est présumé toxique pour la reproduction humaine. C'est un "perturbateur endocrinien suspecté" et considéré comme susceptible de provoquer le cancer, selon le rapport de l'Anses. Il pointe également les "incertitudes liées aux expositions cumulées avec d'autres produits phytopharmaceutiques ou biocides (insecticides, produits contre les rongeurs)".

Or, son usage a augmenté en particulier depuis le moratoire pris au niveau européen en 2013 sur trois autres substances (clothianidine, imidaclopride, thiaméthoxame). "Les ventes de thiaclopride, massivement utilisé dans les cultures de maïs, ont ainsi bondi de 41 tonnes en 2013 à 105,9 tonnes en 2015 (+ 158 %)", rapporte Le MondeDeux autres substances néonicotinoïdes, le thiaclopride mais aussi l'acétamipride, n'étaient pas concernées par ce moratoire partiel.

Quel est le problème des néonicotinoïdes ?

Ces substances s'attaquent au système nerveux des insectes, désorientent les pollinisateurs, contribuant au déclin spectaculaire des colonies d'abeilles. Elles touchent aussi des invertébrés terrestres et aquatiques et persistent dans l'eau et les sols.

Des chercheurs américains se sont penchés sur une exposition humaine chronique à ces substances. Dans une étude publiée le 2 février dans la revue Environmental Health Perspectives, ils ont identifié "des conséquences développementales ou neurologiques défavorables", comme l'augmentation du risque d’autisme, de troubles de la mémoire et de tremblements, d’une malformation congénitale du cœur (dite "tétralogie de Fallot"), rapporte Le Temps.

Néanmoins, l'Anses appelle à la prudence. Dans son rapport d'étape, l'agence indique que "concernant l'impact des néonicotinoïdes sur la santé humaine, l'expertise réalisée (...) ne met pas en évidence d'effet nocif, pour des usages respectant les conditions d'emploi fixées par les autorisations de mise sur le marché""L'Agence rappelle donc l'importance du respect des conditions d'emploi prévues", selon le communiqué.

Que font les autorités pour limiter leur usage ?

La loi sur la biodiversité de 2016 prévoit l'interdiction des néonicotinoïdes en France à partir du 1er septembre 2018. Mais des dérogations sont possibles au cas par cas jusqu'au 1er juillet 2020.  

Dans ce cadre, l'Anses a été chargée de réaliser une évaluation des risques et des bénéfices des produits phytopharmaceutiques à base de néonicotinoïdes, et de leurs alternatives. L'agence examine aussi les impacts sur la santé humaine de ces substances. Son rapport final est attendu au second trimestre 2018.