Pays-Bas : la sécheresse fragilise les digues : "Si elles cèdent, mes vaches devront apprendre à nager"

Aux Pays-Bas, les digues qui parsèment tout le pays sont mises à mal par la sécheresse. Les offices régionaux des eaux ont multiplié les inspections sur les digues tous l'été.

Article rédigé par
Jean-Jacques Héry - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Aux Pays-Bas, l'été, les digues sont régulièrement arrosées pour éviter qu'elles ne se fissurent à cause de la sécheresse. (KOEN VAN WEEL / MAXPPP)

La sécheresse n'épargne personne cet été : les Pays-Bas sont officiellement en "pénurie d'eau" depuis le 2 août dernier, dans ce pays où elle est pourtant très abondante. Certaines constructions voient leurs structures fragilisées : les offices régionaux des eaux ont multiplié les inspections sur les digues tout l’été. Si les grandes digues qui font face à la mer du Nord sont relativement épargnées, les petites structures qui garantissent le drainage de l'eau et l'assèchement des polders, à l’intérieur des terres, souffrent particulièrement de la sécheresse.

>> VIDEO. Sécheresse : le manque d'eau menace le fonctionnement des barrages

Ces structures sont généralement faites de tourbe, un matériau traditionnel mais fragile et instable. La terre noire se fissure dès que la température monte trop, explique André Koelewijn, spécialiste des digues à l'institut Deltares de Delft : "Si une fissure se forme, alors les tourbes vont s’assécher et s'oxyder jusqu’à disparaître. Avec le réchauffement climatique, les fissures vont devenir de plus en plus grosses. En cas de soudaine montée des eaux, ces fissures vont se remplir d’eau et la digue ne pourra plus résister à la pression."

L'eau, une menace habituelle aux Pays-Bas

Près du village de Pijnacker, dans la région de Delft, voir la digue céder signifierait l'inondation d'un polder de plusieurs hectares, en contrebas. L'eau du canal de drainage, protégé par la digue, viendrait se déverser là où sont tranquillement en train de paître les 90 vaches de Boss, éleveur laitier : "Ce polder, toute cette zone est à trois mètres sous le niveau de la mer."

"Si les digues cèdent, mes vaches devront apprendre à nager. Il n’y aura plus de ferme ici, ça sera un lac !"

Boss, éleveur laitier

à franceinfo

Il poursuit : "Je ne suis pas inquiet car les Néerlandais ont appris à vivre en fonction du niveau des eaux. Et puis, les autorités qui gèrent les eaux font du bon boulot. Ils inspectent les digues, ils vérifient que tout est en ordre, pour éviter les inondations avant l’arrivée de l’automne et de l’hiver."

Jusqu'à aujourd'hui, une seule digue a cédé à cause de la sécheresse, en août 2003 près d'Utrecht. 1 500 personnes avaient alors dû être évacuées. Jan, qui vit à quelques kilomètres, juge lui aussi le problème presque secondaire, car maîtrisé. "Ce n'est jamais arrivé.. Ah ! si, une fois, à Wilnis." Pas de quoi s'inquiéter, assure Jan. "Les digues, on les surveille en permanence, toute l'année. Les deux tiers du pays sont sous le niveau de la mer, alors on n'a pas le choix. 

Les digues de tourbe sont ainsi régulièrement recouvertes d'une couche d'argile,  pour retarder l'apparition de fissures de sécheresse. Et depuis quelques années, au cœur de l'été, de petits bateaux viennent également en arroser les parois au canon à eau.

Pays-Bas : la sécheresse fragilise les digues d'un pays obsédé par la montée des eaux - Reportage de Jean-Jacques Héry
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