Malgré des moissons exceptionnelles, les agriculteurs français voient les cours du blé s’effondrer à cause de la concurrence

Malgré deux épisodes de canicule, les moissons de l'été 2019 se révèlent exceptionnelles et battent même le record de 2015. Cependant, les prix des céréales restent faibles et les revenus des agriculteurs pourraient en pâtir. 

Ballots de paille et tracteurs en temps de moisson, en juillet 2018, en Haute-Saône.
Ballots de paille et tracteurs en temps de moisson, en juillet 2018, en Haute-Saône. (JEAN-FRANÇOIS FERNANDEZ / FRANCE-BLEU BESANÇON)

Une année exceptionnelle pour les moissons. Malgré la sécheresse, les 250 000 céréaliers ont récolté 38,2 millions de tonnes de blé tendre, la principale céréale cultivée dans le pays. Il s'agit du meilleur résultat après le record de 2015. Pourtant, les agriculteurs sont inquiets car les moissons ont été très bonnes aussi dans les pays de l'Est et les récoltes massives font baisser les prix. 

Qualité et quantité au rendez-vous 

"C'est une très bonne moisson", se félicite Philippe Heusele, le secrétaire général de l'Agpb, l'association des céréaliers de France. Tous les voyants sont effectivement au vert pour cette récolte 2019 en France. Il y a d'abord la quantité avec un rendement supérieur à 76 quintaux à l'hectare pour le blé tendre. Côté qualité, les blés sont secs et lourds et se conservent bien. Ils donneront des bons rendements de farine. L'orge est sur la même trajectoire. "La canicule est arrivée une fois que les grains étaient déjà quasiment à maturité donc cela n'a pas eu d'impact négatif", confirme Eric Thirouin, le président de l'Agpb

Pourtant, depuis deux semaines, les agriculteurs voient les prix chuter. À l'heure actuelle, ils se trouvent 30 à 40 euros en dessous de leur niveau de 2018. "Les cours mondiaux sont très faibles car pour cette année 2019, on est sur une bonne récolte un peu partout dans le monde", constate Philippe Heusele. 

La concurrence des pays de l'Est 

La France n'est pas la seule à pouvoir se vanter d'une belle récolte. Toutes les régions de l'hémisphère nord sont dans le même cas, notamment la Russie, l'Ukraine et les pays qui bordent la mer noire. "Il n'y a pas toujours une adéquation entre l'offre et la demande", déplore Eric Thirouin notamment à cause de plusieurs pays de l'Est qui "ont augmenté fortement leur production ces dernières années". 

Ces pays ont des coûts de production qui sont plus faibles que les nôtres alors effectivement malgré la bonne récolte au cours actuel on sera sur des revenus qui seront inférieursPhilippe Heuseleà franceinfo

L'abondance fait chuter les prix et malgré ces moissons d'exceptions, les revenus des céréaliers risquent de stagner en dessous du smic, loin de l'âge d'or des années 2007-2012.

Cette concurrence risque de s'accroitre dans les années à venir avec le Ceta et le Mercosur regrette l'Agpb. Eric Thirouin assure d'ailleurs qu'il voit d'un très mauvais œil ces accords internationaux. "Il est hors de question qu'on puisse avoir des contraintes environnementales sur notre production et que dans le même temps l'État dise 'tout ce qui vient de l'étranger qui respecte pas les normes françaises, ce n'est pas grave il faut il faut quand même les importer'". Selon lui, il y aura une "distorsion de concurrence intolérable" avec des produits moins chers qui feront passer "à la trappe" les agriculteurs français