"Je n’élève pas des brebis pour nourrir des ours" : dans le Béarn et en Ariège, les anti-ours se mobilisent

Un collectif manifeste lundi à Pau contre la réintroduction de deux ourses l'automne prochain dans les Pyrénées-Atlantiques, souhaitée par le ministère de la Transition écologique .

Un ours dans le parc naturel des Pyrénées, en avril 2014.
Un ours dans le parc naturel des Pyrénées, en avril 2014. (MAXPPP)

"L’année dernière, j’ai perdu quarante bêtes. C’est beaucoup trop. Ça devient impossible", raconte Jean-Claude Ferey, éleveur à Sor dans le Couserans en Ariège, où le nombre d’attaques d’ours sur les troupeaux est le plus élevé. À cause de la présence de l’ours, ce berger conduira sa dernière transhumance que sa famille pratique depuis 48 ans. Des Ariégeois vont venir manifester aux côtés de leurs confrères béarnais lundi 30 avril à 10h30 à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Les anti-ours se mobilisent contre la réintroduction de deux ourses cet automne souhaitée par Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique.

300 bêtes perdues

Dans sa maison de pierres sèches, Jean-Claude Ferey explique avoir "perdu plus de 300 bêtes", l’équivalent de son troupeau en 20 ans. "Je ne supporte plus des massacres comme ceux-là. Je n’élève pas des brebis pour nourrir des ours, dit-il. Je ne suis pas payé par le zoo des Pyrénées. En remettant ça, ils vont enlever les bergers. Dans 10 ans, il n’y aura plus de bêtes en montagne."

On vivait très bien sans les ours. Ce n’est pas gaîté de cœur que je quitte la montagne. Jean-Claude Ferey, éleveur de brebis en Ariègeà franceinfo

Un de ses confrères éleveurs qui vit à quelques kilomètres de routes de montagne, se mobilise également contre les ours pour protéger ses brebis. "Elles ne sont pas mortes quand on les trouve. C’est dur à vivre", témoigne Roger Servat en montrant son couteau Opinel qui sert aux éleveurs à achever les bêtes blessées.

Jean-Claude Ferey, éleveur à Sor (Ariège) va cesser la transhumance à cause de l\'ours.
Jean-Claude Ferey, éleveur à Sor (Ariège) va cesser la transhumance à cause de l'ours. (GREGOIRE LECALOT / RADIO FRANCE)

Il copréside l’Association pour la sauvegarde du patrimoine de l’Ariège Pyrénées. Roger Servat tire un bilan négatif après 20 ans de réintroduction de l’ours en Ariège. "On a des attaques d’ours en permanence. L’an dernier, il y en a eu une sur le Mont Rouge. 600 brebis sont tombées en bas de la falaise. Il y a beaucoup trop d’attaques." Il explique aussi qu'une fois effarouchées par l’ours, les bêtes "ont peur de leur propriétaire et quand elles arrivent en bergerie, il y a des avortements."

"Un succès" selon les défenseurs de l'environnement

La convention de berne de 1979 et la recommandation européenne numéro 10 sont à l’origine de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. Pour les associations de défense de l’environnement, c’est un succès. Le secteur ariégeois comptait 37 ours en 2016 contre une vingtaine cinq ans avant. Mais les associations admettent toutefois la difficulté à cohabiter avec les éleveurs.

La cohabitation difficile entre les ours et les éleveurs ariégeois. Un reportage de Grégoire Lecalot
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La profession doit faire des efforts pour mieux protéger les troupeaux. "Il n’y a pas de protection ou pas suffisamment, explique Marcel Ricordeau, président du comité écologique ariégeois. Là où c’est protégé, l’ours s’en détourne pour aller là où il n’y a pas de protection. Les protections demandent  des aménagements en fonction de chaque estive." Les protections sont le regroupement nocturne, la protection des chiens de berger comme le patou ou encore l’installation de cabane et de clôture pour la nuit.

"Un arrêté interdisant aux ours de divaguer"

Dans son paradis montagnard de la Haute-Ariège, Alain Naudy, maire d’Orlu et conseiller départemental a eu deux ours sur sa commune. "J’avais pris un arrêté interdisant aux ours de divaguer", s’amuse-t-il. Tout comme la chambre d’agriculture du département, il défend une autre option pour les ours. "Il faudrait mieux les cantonner", dit-il.

Des propriétaires de coin de montagne pourraient accepter les ours. Cela doit être possible avec des colliers GPS et on peut les faire revenir sur leur territoire d’origine.Alain Naudy, maire d’Orluà franceinfo

Pour chaque animal retrouvé dont la mort est imputable à l’ours, l’éleveur touche une indemnisation de 176 euros. L’an dernier, le nombre de bêtes indemnisées a explosé. Il est passé de 228 à 689. Pour éviter une nouvelle saison en enfer, l’État envisage de renforcer les mesures d’accompagnement des éleveurs.

Fin mars, à peu près en même temps que l’annonce des deux nouvelles réintroductions dans le Béarn, une mission interministérielle a été diligentée dans l’Ariège pour réétudier les mesures d’accompagnement pour les éleveurs. Ils en auront sans doute bien besoin car l’ours n’est plus le seul à lorgner les troupeaux. Discrètement mais sûrement, le loup pointe son museau dans le département.