La réforme de l'assurance chômage va directement "impacter les jeunes qui entrent sur le marché du travail"

La réforme de l'assurance-chômage entre en vigueur ce vendredi. Les jeunes travailleurs seront les plus touchés. C'est ce qu'affirme Philippe Askenazy, économiste du travail et directeur de recherche au CNRS. 

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Radio France
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Le premier volet de la réforme de l'assurance-chômage entre en vigueur vendredi 1er octobre 2021.  (NATACHA KADUR / FRANCE-BLEU LORRAINE NORD)

La réforme de l'assurance-chômage va directement "impacter les jeunes qui entrent sur le marché du travail et qui commencent par des CDD", estime Philippe Askenazy, économiste du travail et directeur de recherche au CNRS, vendredi 1er octobre sur franceinfo, alors que le premier volet de la réforme est entré en vigueur aujourd'hui.

franceinfo: Qui sont les premiers concernés par cette réforme ?

Philippe Askenazy : L'allongement de la période minimale de cotisation pour obtenir une allocation chômage et le nouveau mode de calcul du salaire journalier de référence touchent tout particulièrement les personnes qui ont des contrats hachés, ce qu'on appelle l'intermittence. La réforme va rapidement et directement impacter ceux qui entrent sur le marché du travail, les jeunes qui commencent par des CDD.

Et souvent les entreprises offrent des CDD qui sont de moins de six mois, notamment pour des remplacements de congé de maternité ou de paternité qui durent quatre mois en France. Et il y avait justement une forme d'alignement du système d'assurance-chômage avec ces contrats saisonniers et ces contrats de maternité. Donc cela va aussi causer des difficultés aux employeurs pour trouver des salariés, parce que ceux-là voudront des contrats de six mois alors qu'ils ne peuvent offrir que des contrats de quatre mois.

Grâce à cette réforme, il y aura néanmoins plus d'offres d'emploi ?

C'est un raisonnement qui, d'un point de vue théorique, fonctionne sur le papier. Les difficultés aujourd'hui sur le marché du travail français sont le manque d'attractivité des métiers eux-mêmes révélé par la crise Covid-19 : on ne veut pas aller dans des emplois avec une telle précarité, de telles conditions de travail ou bien on n'a pas les compétences que demandent les entreprises. Si on regarde à l'étranger, aux États-Unis, les états républicains ont coupé les allocations quand les états démocrates ont décidé de les maintenir. Les difficultés de recrutement sont restées strictement similaires, on n'a pas vu de différence.

Vous avez des interrogations liées à la pandémie et au marché du travail qui bouge ?

Ce n'est pas une situation particulière à la France. On est en sortie de crise, donc avec des fonctionnements du marché du travail qui ne semblent pas répondre aux mécaniques que l'on pouvait avoir avant Covid. Cela peut venir tout simplement d'un certain rapport au travail qui a pu se modifier. Les entreprises en sortie Covid ont d'autres types de besoins de main-d'œuvre. Il y a des problématiques de difficulté de recrutement quel que soit le système d'allocation chômage. D'une certaine manière, on passe à côté d'une réflexion qui devrait être approfondie sur "aujourd'hui, qu'est-ce qui cloche sur le marché du travail français" ? Je n'ai pas la réponse moi-même.

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