Chômage : "C'est une baisse relativement robuste, un taux à 7% est certainement à portée de main"

Bertrand Martinot, économiste à l'institut Montaigne, estime que la légère baisse du taux de chômage au deuxième trimestre 2019 est suffisamment robuste pour envisager un recul continu sur l'année.

Le logo d\'une agence Pôle emploi, le 28 décembre 2017, à Lille (Nord).
Le logo d'une agence Pôle emploi, le 28 décembre 2017, à Lille (Nord). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

"Le 7% est certainement à portée de main", a déclaré mercredi 14 août sur franceinfo Bertrand Martinot, économiste à l’Institut Montaigne, spécialiste du marché du travail, alors que le taux de chômage recule à 8,5% au deuxième trimestre 2019, selon les chiffres publiés par l'Insee.

franceinfo : Si on compare avec les résultats de nos voisins européens, la France s'en sort moins bien...

Bertrand Martinot : Le chômage baisse en France continuellement, certes à petite vitesse, à partir de fin 2015, mais c'est un mouvement assez encourageant. Mais c'est vrai qu'on part de très haut, puisqu'on part de 10,5% de chômage. C'est vrai aussi que la quasi-totalité des pays européens ont effacé beaucoup plus vite la hausse du chômage de la crise de 2008-2009. Si on regarde à l'instant T, on est le 4e pays en termes de taux de chômage sur les 28 pays de l'Union européenne. Il n'y a devant nous que la Grèce, l'Espagne et l'Italie. Ailleurs, ça a baissé beaucoup plus vite.

Comment expliquez-vous cette différence ?

Il y a beaucoup d'explications. On a un marché du travail qui a longtemps été un peu plus inerte, c'est-à-dire que les entreprises ont la peur de l'embauche, recourent beaucoup aux CDD, beaucoup plus qu'ailleurs. En période de crise par contre, les entreprises ont tendance à licencier moins que dans d'autres pays. Donc en période de crise, le chômage monte moins que dans d'autres pays, mais quand la croissance revient, le chômage baisse moins vite.

Dans les pays européens, la moyenne du chômage est un peu en-dessous de 7% maintenant. Il y aussi beaucoup de pays qui sont au plein emploi, c'est-à-dire à des taux de chômage de l'ordre de 4,5%. L'Allemagne est même à 3,7% de la population active. Il y a un point commun à tous ces pays, c'est qu'ils ont un marché du travail relativement souple, donc avec des conditions d'entrée et de sortie, de licenciement qui sont beaucoup plus souples. Il y a moins de protection des salariés, mais inversement c'est plus facile de retrouver un emploi.

Donc au total, je ne sais pas ce qui protège le plus. Est-ce que, ce qui protège le plus, c'est ce qui protège votre emploi, ou c'est ce qui vous permet de trouver plus facilement un emploi ? Cela peut se discuter quand même. La deuxième réforme importante qui a été faite dans la plupart des pays, c'est l'assurance-chômage.

Cette baisse du chômage va-t-elle se poursuivre ? Peut-on retrouver les taux d'avant la crise de 2008 ?

C'est une baisse relativement robuste. Elle est de l'ordre de 0,5 point par an depuis fin 2015. Elle a commencé avec des allègements de charge comme le CICE. Elle se poursuit avec les réformes Macron depuis 2017. Le chômage, on a réussi à le baisser aux alentours de 7% en 2007, il n'y a pas de raison qu'on n'arrive pas à recommencer à ce niveau-là.

Le 7% est certainement à portée de main, sauf s'il y a une crise économique d'ici là évidemment, puisqu'on l'a déjà fait. Maintenant, pour aller plus loin et crever le plancher de 7%, qui est le plancher historique en France depuis les années 1980, ça va être un peu compliqué, parce que les entreprises buttent sur des problèmes de recrutement. On arrive à une situation où on ne pourra plus baisser éternellement le chômage, parce que les entreprises ne voudront plus embaucher les chômeurs car ceux-ci n'auront pas les compétences requises.

Y a-t-il un problème d'adéquation entre l'offre et la demande, un problème de formation ?

Bien sûr. Les emplois qui sont créés sont majoritairement des emplois qualifiés et la grande majorité des chômeurs n'a pas ces qualifications, qui sont élevées. Une des réponses, c'est la formation professionnelle des chômeurs, mais ce n'est pas une panacée, parce que transformer quelqu'un qui est peu qualifié, qui a parfois des difficultés avec la maîtrise des savoirs de base, en quelqu'un qui va être agile sur un ordinateur et nager dans l'univers digital, ce n'est pas absolument évident.

C'est compliqué pour les chômeurs de plus de 50 ans. C'est eux qui ont le plus de difficultés à se reconvertir. Le système de formation jusqu'à présent ne leur a pas été très favorable, ils avaient peu accès à la formation. C'est ce genre de choses qu'il faut changer dans les années qui viennent.