Baisse du chômage : "L'économie française va un peu mieux que tous ses voisins" européens, selon un économiste

Pour Philippe Waechter, chef économiste au sein de l'entreprise de gestion d'actifs financiers Ostrum Asset Management, ces bons chiffres s'expliquent notamment par le "double effet" en 2019 de la dernière année du CICE combinée au début de la baisse des cotisations patronales.

Une agence Pôle Emploi à Paris (illustration).
Une agence Pôle Emploi à Paris (illustration). (LÉA GUEDJ / RADIO FRANCE)

Le chômage a nettement baissé en 2019 en France, avec 120 700 demandeurs d'emploi sans activité en moins (-3,3%). C'est la plus forte baisse depuis la crise de 2008, selon les chiffres publiés lundi 27 janvier par Pôle emploi. "L'économie française va un peu mieux que tous ses voisins" européens, a salué sur franceinfo Philippe Waechter, chef économiste au sein de l'entreprise de gestion d'actifs financiers Ostrum Asset Management. 

franceinfo : Voyez-vous dans ces dernières statistiques, un effet du remplacement du CICE (Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) par une baisse des cotisations patronales, mis en place début 2019 ?

Philippe Waechter : Ça a été un effet d’aubaine pour un certain nombre d’entreprises. On voit bien, sur l'emploi et sur l'investissement des entreprises, qu’il y a eu un effet d’utilisation de cette fin du CICE et du début de baisse de charges. On a sur l’année 2019 le double effet qui fait que les entreprises ont eu les deux mesures en même temps. Cela donne des opportunités dans un environnement où l’économie française se tenant plutôt bien, il était plus intéressant de créer des emplois de façon plus intense que d’avoir recours à l’intérim.

Peut-on espérer le plein emploi à moyen-terme ?

On peut l’espérer. [Emmanuel Macron se donne l’objectif de ramener le taux de plein emploi à 7 % à la fin du quinquennat]. Ce 7%, c’est le chiffre qu’on avait eu à la fin de l’année 2007 et on en est encore loin. Ce qu'il faut avoir en tête, c’est que tous les pays du nord de l’Europe (l’Allemagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas) ont des taux de chômage extrêmement faibles. Les taux dans le sud sont un peu plus élevés : 14% en Espagne, 10% en Italie, 8,6% en France. 7% ce serait déjà très bien.

C’est un chiffre que l'on n’a pas atteint aussi souvent que cela depuis une trentaine d’années.Le taux de chômage le plus haut était aux alentours de 10,5 % en 2015, et depuis on a quasiment une ligne droite de baisse du taux de chômage, pour arriver à 8,6 % actuellement. L’économie française va un peu mieux que tous ses voisins. Est-ce qu'on réussira à rester immunisé des chocs extérieurs en 2020 et 2021 ? Cela va être plus compliqué à voir. La dynamique de l’emploi va probablement être plus chahutée qu’elle ne l’a été en 2019. Le marché du travail aujourd’hui est probablement plus réactif qu’il ne l’était par le passé. Mais il faut aussi qu’on forme encore davantage les gens, car la structure du marché du travail n'est pas du tout homogène : il y a des gens qui sont concurrencés par des innovations et il faut les former pour qu’ils puissent retrouver plus facilement du travail. C’est ce double aspect qu’il faut avoir en tête : maintenir la croissance la plus stable possible pour éliminer l’incertitude, et former les gens pour que tout le monde puisse accéder au marché du travail.

Le projet de loi de réforme des retraites prévoit d’inciter les Français à travailler plus longtemps. Y aura-t-il du travail pour ces seniors ?

Depuis quelque temps, le taux d’activité des seniors s’est amélioré en France et dans la zone euro, ce qui est plutôt positif. Il faut avoir une volonté collective pour y aller parce que pendant très longtemps les salariés les plus âgés qui partaient à la retraite étaient pris en charge collectivement. C’était très simple pour les entreprises de les laisser à la charge de la société et prendre des salariés plus jeunes, plus efficaces et moins chers. Il y a une dynamique collective qu’il faut probablement modifier dans la durée.