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Pourquoi il faut absolument s'opposer à la mise en place d'un revenu de base

La Suisse organise, dimanche, une votation "pour ou contre le versement d'un revenu minimal de 2 500 francs suisses (soit 2 250 euros) à tous ses habitants, qu'ils travaillent ou non". Mais ce système a tout de la fausse bonne idée.

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La Finlande envisage de la mettre en place le revenu de base, à hauteur de 800 euros, en 2017.  (BERNARD JAUBERT / ONLY FRANCE / AFP)

De l'argent pour tous ! Qui ne serait séduit les promesses du revenu de base, cette allocation universelle allouée sans contrepartie ? La Finlande envisage de la mettre en place, à hauteur de 800 euros, en 2017. La Suisse organise, dimanche 5 juin, une votation  "pour ou contre le versement d'un revenu minimal [de 2 500 francs suisses, soit 2 250 euros] à tous ses habitants, qu'ils travaillent ou non", explique Le Temps.

Un rêve pour tous ? Pas forcément, les sondages prévoient la victoire du "non", et le rejet de cette initiative. Francetv info vous explique pourquoi il faut s'opposer à cet argent tombé du ciel. Dans un souci d'équilibre, on vous explique aussi pourquoi il faut le défendre bec et ongles

Ça coûte les yeux de la tête

L'argument : comment financer cette allocation au coût vertigineux ? Proche du Parti socialiste, la Fondation Jean-Jaurès a esquissé trois scénarios de revenu universel à 500, 750 et 1 000 euros par mois. Résultat ? Si 750 euros étaient alloués chaque mois à chaque Français, la mesure coûterait 565 milliards d'euros, soit 26% du PIB. De l'autre côté du Mont-Blanc, "il faudrait trouver chaque année 200 milliards d’euros pour servir les 8 millions de Suisses", calcule La Croix.

Pourquoi y adhérer : Le journal suisse Bilan met en avant le poids croissant qui pèsera sur les actifs : "Seuls les impôts du travail permettront de compléter le financement de cette rente pour ceux qui choisiront de quitter le travail salarié.(...) Au final, le Revenu de base inconditionnel (RBI) devra être financé par ceux qui, paradoxalement, appartiennent au 'monde d’avant RBI', celui du travail salarié, le même que les défenseurs du RBI jugent désormais obsolète." Un tel modèle est-il soutenable à long-terme ? Et acceptable, pour ceux qui en assumeront la charge ? Non, répondent ses détracteurs.

Ça ne donne pas envie de travailler

L'argument : le revenu de base, selon ses partisans, permettrait de s'affranchir définitivement du travail "subi". Un non-sens pour David Cayla, maître de conférences à Angers, contacté par francetv info.

La majorité des emplois - écoles, crèches, hôpitaux, maisons de retraite... - sont des boulots pénibles, mais essentiels. On ne peut pas s'en dispenser !

David Cayla, économiste

à francetv info

"Le travail est un besoin social, explique-t-il. Il faut l'organiser, avec des services publics et privés qui fonctionnent. Et il s'agit, en majorité, de travaux pénibles, non mécanisables et non négociables. On ne peut pas laisser croire que la société peut s'en exonérer." 

Pourquoi y adhérer : Sur son blog Classe Eco, Alexandre Delaigue surenchérit : "Peu de gens accepteront de faire des emplois désagréables et mal payés s'ils touchent déjà le revenu de base."

Certes, selon un sondage paru le 19 avril dans le quotidien suisse 24 heures, seuls 2% des Suisses arrêteraient de travailler si le revenu de base inconditionnel était adopté (à 2 250 euros environ). Mais le salaire suisse brut médian, selon le magazine Challenge, s'élevait en 2014 à "6 118 francs suisse, soit 5 014 euros par mois". Très loin des salaires français.

Ça ne permettra pas de vaincre la précarité

L'argument : L'instauration d'un revenu de base ne se ferait pas sans contrepartie. Selon Alternatives économiques ,"la seule solution viable pour instaurer un revenu de base est donc de supprimer certaines prestations sociales". 

Telles semblent bien être les pistes suivies, non seulement par le mouvement libéral Génération libre, mais aussi par la Fondation Jean-Jaurès (proche du PS). Celle-ci estime qu'un revenu de base à 750 euros "pourrait être financé en réorientant l'ensemble des dépenses actuelles de protection sociale (retraite, assurance-maladie, chômage, allocations familiales), à l'exception de celles consacrées à la prise en charge des affections de longue durée". Dans cette hypothèse, le revenu de base aurait pour conséquence probable d'appauvrir une partie des chômeurs.

Pourquoi y adhérer : "Inutile de rêver, la société dotée d’un revenu de base permettant à ceux qui n’ont pas d’autres revenus de vivre décemment est l’équivalent du paradis pour les croyants : désirable, mais inaccessible de notre vivant", tranche Alternatives économiques

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