Nuit debout : la soirée où des manifestants ont érigé des barricades à Paris

Plusieurs groupes de manifestants se sont rassemblés devant un commissariat mardi soir, avant de bloquer le boulevard Saint-Germain. Retour sur la soirée avec des participants contactés par francetv info. 

Des CRS face aux manifestants de \"Nuit Debout\", le 3 avril 2016 sur la place de la République.
Des CRS face aux manifestants de "Nuit Debout", le 3 avril 2016 sur la place de la République. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Une barricade en plein cœur du quartier latin. La scène qui s'est jouée mardi 5 avril dans la nuit sur le boulevard Saint-Germain, à Paris, a dû réveiller quelques souvenirs de Mai-68. Plusieurs centaines d'étudiants et de lycéens, issus du mouvement Nuit Debout lancé par les opposants à la loi El Khomri, ont bloqué quelques instants la circulation, à l'entrée de la place Maubert, aux cris de "libérez nos camarades".

"J'assistais à l'assemblée générale de Nuit Debout place de la République, rembobine Bastien, un étudiant-salarié de 21 ans. Vers 21 heures, ils ont fait une annonce pour demander des renforts afin de libérer des lycéens en garde à vue au commissariat du 5e arrondissement". Selon la préfecture de police, quatre personnes sont effectivement en garde à vue ce soir-là "en raison de violences commises sur les forces de l'ordre" lors de la manifestation de la journée.

"Paris debout, soulève-toi !"

Le jeune homme prend le métro pour rallier le cube de béton, installé à quelques pas de la station Maubert-Mutualité. Rassemblés à quelques mètres du commissariat, les manifestants chantent et "tapent un peu tout pour faire du bruit". Un dialogue "de sourds" s'engage. "Les policiers disaient qu’ils ne pouvaient rien faire, on ne voulait pas partir sans libérer nos camarades", résume Bastien, qui filme le rassemblement en direct sur Periscope.

Avec des barrières de chantier trouvées près du métro, les manifestants érigent une barricade au milieu du boulevard, peu après 22 heures. "On a vu arriver les CRS, avec les gyrophares et tout, c'était plutôt impressionnant, mais rien de dangereux", témoigne Bastien. Des chants "Paris debout, soulève-toi" retentissent.

Le blocage ne dure que quelques dizaines de minutes. Selon le journaliste de France Culture présent sur place, les manifestants abandonnent les barricades aux policiers vers 22h30. Après un détour par les quais et quelques courses-poursuites, Bastien revient place Maubert. "Il y avait de l'ambiance, c'était à moitié festif, à moitié militant. Il y avait un saxophone", se souvient l'étudiant, qui quitte le rassemblement vers 1h.

"Des bisous, pas des coups"

Brice, 29 ans, prend le relais sur Periscope. "Cela fait un moment que je veux participer à la Nuit Debout. Là, j'avais la possibilité de me rendre un peu utile", explique ce thésard qui travaille dans le secteur des jeux vidéo. Les forces de l'ordre commencent progressivement à encercler la place, alors que les manifestants chantent "des bisous, pas des coups" et "des paillettes, pas des mitraillettes". "A un moment, c'est devenu un peu fou, avec gaz lacrymogènes et coups de matraques", raconte-t-il. "Dix minutes avant, ils souriaient avec les manifestants, et d'un coup, boum", abonde Pierre Gautheron, photographe.

Depuis un balcon qui surplombe la place, Marie, 30 ans, assiste à la scène. "J'ai vu 200 manifestants se faire encercler et gazer, c'était assez choquant", témoigne-t-elle. Quelques blessés, dont une fille au poignet cassé, se réfugient dans l'appartement, où les pompiers les prennent en charge. "Des violences policières sur des personnes aussi jeunes... J'ai vu des CRS bien embêtés de faire ça, parce qu'ils voyaient en face d'eux des gens qui pourraient être leurs enfants, assure la jeune femme. Il faut vraiment faire passer ce message de déposer les armes".

"J'ai pris un coup de matraque dans la jambe"

Les journalistes qui couvrent la manifestation ne sont pas épargnés. "Depuis deux semaines, on prend vraiment cher (...) Là, ils m'ont chopé, j'ai pris un coup de matraque dans la jambe et quelques coups de boucliers sur l'appareil photo", témoigne Pierre Gautheron, vidéo à l'appui. L'un de ses collègues est "gazé à bout portant".

Le jeune journaliste, qui n'en est pas à sa première manifestation, ne comprend pas pourquoi les choses ont dégénéré. "J'ai trouvé ça particulièrement violent parce qu'il n'y pas eu de réponse de la part des manifestants, contrairement à d'autres manifestations. Il n'y a même pas une bouteille qui a volé, raconte-t-il. Peut-être que le symbole des barricades leur a fait peur."

La préfecture de police assure de son côté que l'intervention "s'est effectuée dans des conditions difficiles, certains manifestants lançant des projectiles sur les forces de l'ordre". Vers trois heures du matin, les CRS ont escorté, en les encerclant, les manifestants jusqu'à la place de la République. Il n'y a pas eu d'interpellations.