Vie personnelle : "Faites vibrer l'enfant qui est en vous !"

Les conseils de Stéphane Szerman, psychothérapeute et philosophe, coauteur avec Isabelle Gravillon de l'ouvrage L'art de la lenteur, édité chez Milan.

Le rapport de l'homme au temps change. Ecouter ses envies, faire ce que l'on veut est devenu un peu plus compliqué.Tout va plus vite jusqu'à en oublier toute notion de plaisir. Plus on fait de choses et plus notre vie nous apparaît avec relief. On s'en plaint, mais on ne change pas notre fusil d'épaule. On pourrait faire beaucoup moins vite, mais le rythme que nous connaissons nous évite de nous poser trop de questions. Quelle société va-t-on laisser à nos enfants ? Le tissu social se désagrège. La notion de solidarité s'amenuise. On voudrait que tout change très vite, tout de suite et tout le temps, mais la société est comme un gros paquebot auquel il faut du temps pour man?uvrer.

L'industrialisation est pour beaucoup dans notre incapacité à retrouver notre esprit d'enfant. À partir du moment où on mécanise, la société sort de son rythme naturel : on travaille la nuit, on planifie, on rentabilise? Plus vous êtes au travail, moins vous êtes solidaire puisque vous êtes moins présent pour les autres et moins vous réfléchissez. Avec le travail le dimanche, on sera encore un peu moins avec les autres. Arrêtez-vous et posez vous les bonnes questions ! Perte du travail, d'un être cher vous rappellent à l'ordre. Ce sont souvent ces événements de la vie qui aident à prendre conscience et permettent de relativiser : quel sens donner à sa vie ? Qui est-on ? Mieux vaut anticiper grâce à un petit bilan plutôt qu'attendre de se casser une jambe ou de perdre son emploi.

Quels conseils donnez-vous pour améliorer le rapport aux priorités?

Pour ne pas tomber dans la plainte systématique, interrogez-vous régulièrement sur votre rapport au temps. Donnez-vous une demi-heure chaque semaine pour réaliser un bilan : qu'avez-vous fait d'intéressant pour vous en dehors du travail ? Quelle part avez-vous consacrée aux autres ? On peut être loyal vis-à-vis des autres sans pour autant se sentir dans l'obligation ou la contrainte. Cela permet d'éviter les frustrations. On peut par exemple accompagner ses enfants à la piscine et si possible les laisser revenir seuls car ils sont peut-être assez grands pour ça. D'autre part, rapprochez-vous de ce qui vous fait du bien. Souvenez-vous par exemple de ce que vous aimiez quand vous étiez enfant. Si vous adoriez jouer de la musique, c'est peut-être encore le cas aujourd'hui. Faites vibrer l'enfant qui est en vous ! Prendre son temps en amour, au travail peut être réellement bénéfique. Enfin, c'est une chance extraordinaire de s'autoriser à se poser pendant un moment. Ça fait un bien fou d'accéder à d'autres pensées.

Article rédigé en 2008Rédigé par Yves DeloisonPublié le 10/05/2010