Désertification des centres-villes : "On est en train de payer 50 ans d'étalement urbain"

Alors que se tient à Cahors la Conférence nationale des territoires, Olivier Razemon, journaliste et blogueur spécialiste des transports, analyse jeudi sur franceinfo la désertification des centres-villes en France. 

Le maire de Cahors (Lot) a décidé de prendre plusieurs mesures pour revitaliser le centre-ville et y attirer la jeunesse.
Le maire de Cahors (Lot) a décidé de prendre plusieurs mesures pour revitaliser le centre-ville et y attirer la jeunesse. (FRANCE 3)

Réuni à Cahors (Lot) à l'occasion de la Conférence nationale des territoires, le gouvernement présente jeudi 14 décembre son plan de revitalisation des centres-villes des villes moyennes. Victimes des zones commerciales en périphérie notamment, ces centres-villes souffrent de la fermeture de leurs commerces de proximité et du départ de nombreux habitants.

Pour Olivier Razemon, journaliste et blogueur spécialiste des transports, auteur de Comment la France a tué ses villes, réinventer ces centres-villes "est un travail d'orfèvre" qui doit traiter simultanément "la question du commerce et la question du logement." 

franceinfo : Comment réinventer les centres-villes ?

Olivier Razemon : C'est un travail d'orfèvre, complexe, qui n'a pas qu'un seul volet. Il y a la question du commerce et la question du logement. Comment faire venir les gens habiter de nouveau en ville ? Il faut réfléchir aussi à la question des équipements. L'Etat fait un plan, mais il lui arrive de décider que la Banque de France va quitter le centre-ville de Poitiers pour s'installer à deux ou trois kilomètres dans un endroit qui n'est même pas desservi par un bus, ou l'Ursaff qui s'en va s'installer dans une zone industrielle. Ce sont des gens qui vivent la ville, qui la peuplent. Il y a une chose qui est désolante, c'est quand on se promène en ville et que l'on ne voit presque personne. Je pense qu'il faut qu'il y ait des emplois en ville et notamment des emplois administratifs. Les délocaliser est une grosse erreur. C'est un travail beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît.

Ce dépeuplement des centres n'est-il pas inéluctable avec le développement des zones commerciales en périphérie ?

On est en train de payer 50 ans d'étalement urbain. On a averti en disant, il y a des terres agricoles, attention il y a le CO2. On a oublié que cela avait un autre effet massif, c'est que cela disloquait les villes existantes. Il faut arrêter cela. Il y a quelque chose qui émerge beaucoup, c'est un moratoire sur les zones commerciales. Aujourd'hui vous avez des villes tristes qui se désertifient, avec des maires, comme à Calais ou Saint-Etienne, qui veulent encore faire des zones commerciales. Il faut arrêter d'en construire.

N'y t-il pas aussi un problème d'accès aux centres-villes ?

C'est quelque chose qui revient tout le temps. La tentation est de penser que cette parole est absolue et générale. À Montargis, il y a des parkings gratuits mais qui ne sont pas indiqués. On ne sait pas où ils se trouvent. Il faut les indiquer, dire combien il y a de places, qu'ils sont à dix minutes du centre à pied. Il faut pouvoir revenir à pied dans le centre. Il faut se poser la question de la voiture individuelle. Les villes qui ont voulu remettre de la voiture individuelle en disant que cela va régler tous les problèmes, comme à Quimper, Brest, ou Thionville, sont en train de revenir en arrière. À Quimper, ils sont en train de verbaliser de nouveau. Il faut regarder cet aspect du déplacement et du stationnement avec beaucoup d'acuité et ne pas juste se contenter d'un micro-trottoir.

"On est en train de payer 50 ans d'étalement urbain", estime Olivier Razemon, journaliste et blogueur spécialiste des transports
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