"Les relations entre le PS et le SPD allemand sont asymétriques"

Les socialistes français et leurs homologues allemands sont d'accord sur le renforcement du Fonds européen de stabilité et la création d'une taxe sur les transactions financières, mais divergent sur le rôle de la Banque centrale européenne.

François Hollande devant le congrès du Parti social-démocrate, au côté de l\'Alllemand Martin Schulz, le 5 décembre 2011 à Berlin.
François Hollande devant le congrès du Parti social-démocrate, au côté de l'Alllemand Martin Schulz, le 5 décembre 2011 à Berlin. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Le socialisme à la française est-il soluble dans la social-démocratie allemande ?

François Hollande a présenté, lundi 5 décembre, sa vision de l'Europe devant le congrès du Parti social-démocrate (SPD) à Berlin. Les deux partis rêvent de piloter ensemble le couple franco-allemand à partir de 2013.

Mais pour Yann-Sven Rittelmeyer, chercheur au Comité d'études des relations franco-allemandes de l'Institut français des relations internationales (Ifri), l'appartenance politique des partis au pouvoir ne préjuge pas de la bonne entente du couple franco-allemand.

Quelle est la nature du dialogue entre les socialistes français et les sociaux-démocrates allemands ?

Yann-Sven Rittelmeyer : Les relations entre les deux partis restent assez faibles. Une déclaration commune a été signée en juin, mais elle contient surtout des généralités et pas mal de bonnes intentions. Les relations s'intensifient avec la campagne à venir en France, mais pour l'instant elles sont asymétriques. François Hollande a déjà été désigné, tandis que trois candidats sont sur les rangs pour représenter le SPD aux prochaines élections, en septembre 2013.

Mais dans les relations franco-allemandes, l'appartenance politique n'est pas toujours déterminante, comme le montrent les tandems Valéry Giscard d'Estaing-Helmut Schmidt ou François Mitterrand-Helmut Kohl.

Les deux partis sont-ils d'accord sur les remèdes à apporter à la crise ?

Le SPD veut faire du renforcement du Fonds européen de stabilité financière (également proposé par le PS) le "noyau dur" de sa politique européenne. Concernant les eurobonds (obligations européennes), c'est plus compliqué. Le président du SPD, Sigmar Gabriel, s'est prononcé en faveur des euro-obligations proposées par la Commission européenne, mais seulement sous certaines conditions. Un point fait vraiment consensus entre les deux partis : la création d'une taxe sur les transactions financières.

Quels sont les principaux points d'achoppement ?

Sur le rôle de la Banque centrale européenne (BCE), le clivage reste marqué : pour le SPD, il n'est pas question que la BCE se détourne de sa mission de lutte contre l'inflation. Par ailleurs, les sociaux-démocrates ne sont pas réticents, à l'inverse des Français, pour confier davantage de pouvoirs de contrôle budgétaire aux institutions européennes et appliquer d'éventuelles sanctions.

Ces divergences résultent surtout de lignes de fractures observées plus largement entre la France et l'Allemagne, qui conservent des traditions différentes.