Ce que les Américains pensent de la crise européenne

En visite en France mercredi, le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, doit rencontrer Nicolas Sarkozy. Objectif de sa visite en Europe : éviter que les difficultés du Vieux Continent se propagent aux Etats-Unis.

Le secrétaire d\'Etat au Trésor américain, Timothy Geithner (à gauche), avec son homologue français François Baroin et le président Nicolas Sarkozy, à l\'Elysée, le 7 décembre. 
Le secrétaire d'Etat au Trésor américain, Timothy Geithner (à gauche), avec son homologue français François Baroin et le président Nicolas Sarkozy, à l'Elysée, le 7 décembre.  (PHILIPPE WOJAZER/AFP)

A la veille du sommet européen de Bruxelles des 8 et 9 décembre, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, est en mission. Envoyé par Barack Obama pour une visite de trois jours au chevet d'un Vieux Continent miné par la crise de la dette, il est arrivé mardi 6 décembre et a déjà rencontré le gratin des dirigeants de la zone euro. 

Son objectif : mettre la pression pour éviter que les difficultés de la zone euro se répercutent sur l'économie américaine et entraînent une récession mondiale. FTVi revient sur les raisons qui poussent les Etats-Unis à se mêler des (mauvaises) affaires de l'Europe.

1/ Ils se sentent plus que jamais concernés par l'eurozone 

"Je suis ici pour souligner à quel point il est important pour l'économie américaine et l'économie mondiale que l'Allemagne et la France réussissent à construire une Europe plus forte", a dit Timothy Geithner d'entrée de jeu, à l'issue de sa rencontre, mardi, avec son homologue allemand, Wolfgang Schäuble. Utilisant une métaphore informatique, il a appelé mercredi, de concert avec son homologue français François Baroin, au "renforcement d'un pare-feu", censé éviter la propagation de la crise.

Car, tel un virus, la maladie européenne pourrait rapidement frapper la très fragile économie américaine. Un rapport réalisé par un universitaire de Princeton (lien en anglais), simplifié sur le blog motherjones.com (lien en anglais), a enflammé les éditorialistes influents de la presse américaine.

Sa conclusion : "Le secteur bancaire européen délivre autant de crédits aux Etats-Unis que le secteur bancaire américain le fait. Donc si le système bancaire européen ralentit, comme cela devrait être le cas, cela aura un impact substantiel sur les conditions de crédits aux Etats-Unis", écrit l'économiste bloggeur.  

2/ Ils croient au leadership d'Angela Merkel

Par la voix de Timothy Geithner, les Etats-Unis saluent les efforts de rigueur des Européens et assurent officiellement s’aligner sur les décisions franco-allemandes, à savoir "maintenir un engagement et une volonté politique durable" pour "une Europe forte". Première escale européenne de Timothy Geithner, l'Allemagne apparaît, outre-Atlantique, comme le seul pays apte à dicter une politique. 

Pour le New York Times (lien en anglais), la réponse à la crise de la zone euro se trouve entre les mains d'Angela Merkel. Dans un article du 6 décembre, le quotidien analyse la stratégie de la chancelière allemande. "Ce qui passait [aux yeux des dirigeants américains] pour un leadership timide ressemble davantage à une solide mise en place de la stratégie de la corde raide pour redessiner la zone euro selon le bon vouloir de l'Allemagne", écrit le quotidien new-yorkais.

Selon le New York Times, Angela Merkel est responsable des changements de gouvernance en Italie et en Grèce. Femme de rigueur et de sanctions, elle "pourrait sauver l'euro." 

3/ Ils souhaitent que la BCE joue le rôle de leur Réserve fédérale

"Le nouveau sommet européen [à Bruxelles les 8 et 9 décembre] n'arrangera rien. La BCE est la clé", analyse un article daté de lundi, publié par The Huffington Post (lien en anglais). Comme de nombreux médias outre-Atlantique, il milite pour une plus grande intervention de la BCE (Banque centrale européenne). Et pour cause : c'est l'option adoptée par les Etats-Unis avec son équivalent, la Réserve fédérale (Fed). 

"La BCE pourrait faire ce que la Réserve fédérale a fait pour les Etats-Unis en 2008 : mettre de l'argent dans le système financier et acheter des titres pourris." Convaincu, le journal, qui cite "des économistes", prédit "un sommet inutile" et estime que la BCE interviendra "parce qu'elle reconnaîtra que l'avenir de l'euro en dépend."

4/ Ils ne veulent pas donner un dollar de plus 

Surtout, les Américains veulent empêcher que le FMI devienne par défaut l’outil ultime du sauvetage de l'Europe. S'il vient en paix, Timothy Geithner vient "donner des idées" et "partager des vues", mais pas aider financièrement l'eurogroupe. Hors de question que les Etats-Unis mettent la main au porte-monnaie. 

Comme l'explique cet article daté du 1er décembre et publié sur le site internet du Wall Street Journal (lien en anglais), les marchés auraient fait pression pour que la Réserve fédérale soutienne une action de renflouement du FMI de concert avec les banques centrales européennes, à hauteur de plusieurs milliards de dollars. 

Pour le quotidien économique, la question n'est plus d'actualité ce mercredi. "Les Etats-Unis n'utiliseront pas l'argent du contribuable pour secourir l'Europe, prévient-il. Les Etats-Unis ont résisté à l’appel des pays dirigeants européens pour que le FMI prenne la tête du plan de secours de l’eurozone." Une position réaffirmée mercredi par Timothy Geithner à l'issue de sa rencontre avec François Baroin. 

5/ Certains d'entre eux enterrent déjà la monnaie européenne

Et les eurosceptiques ? Le site internet de la chaîne CNBC donne mercredi la parole à David Murrin, cofondateur d'Emergent Asset Management, lequel estime que l'Europe est "en phase terminale". La mobilisation des dirigeants européens saluée par les Américains ? Du vent. "C'est fascinant d'observer les politiciens européens tenter désespérément de maintenir le système, qui est en faillite et dont les mécanismes de croissance ont fait marche arrière. Ils en sont à faire des pactes les uns avec les autres. Le désespoir est apparent."

La veille, la chaîne d'information publiait un article sur la dégradation de la note des pays européens. "Maintenant, ils sont préparés à faire face à la réalité, c'est-à-dire que la perte de confiance des investisseurs conduira à l'enterrement de la monnaie [l'euro] dans sa forme actuelle, sans même avoir à prononcer son décès", peut-on y lire. Un message défaitiste inenvisageable à Washington où l'administration Obama, fidèle à son slogan de campagne, croit toujours en "l'espoir."

Après ses escales allemandes et parisiennes, Timothy Geithner rencontrera le nouveau président du Conseil italien, Mario Monti, avant de rejoindre les Etats-Unis. Reste à savoir s'il aura accompli la mission dont l'a chargé Barack Obama : pousser l'Europe à l'action. Qu'importe les sommets, pour les Américains, le temps de la réflexion est écoulé.