La Birmanie, nouvel eldorado des entreprises françaises ?

REPORTAGE | Depuis 2011, la Birmanie s'ouvre au monde. La junte a cédé la place à un gouvernement civil, au moins en apparence. Aung San Suu Kyi, le Nobel de la paix, a même été élue au Parlement. Les pays occidentaux ont levé les sanctions économiques , et aujourd'hui, les entreprises étrangères lorgnent sur les potentiels de ce marché. La ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, s'est rendue cette semaine en Birmanie, accompagnée d'une délégation d'entreprises.

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Au total, 15 PME ont accompagné la ministre du Commerce extérieur en Birmanie. Ces entreprises avaient candidaté auprès du ministère pour participer à ce voyage. Parmi elles : une entreprise de cosmétiques de Châteauroux, une société de matériel médical, et une autre spécialisée dans l'alimentation animale. Ces sociétés cherchent à s'implanter sur un marché potentiel de plus de 60 millions d'habitants, où la croissance dépasse les 6% par an. 

Les grands groupes français ne sont pas en reste. Accor, Lafarge et Bouygues ont des projets à Rangoon, la capitale économique. Il faut dire que tout est à faire dans le pays : infrastructures, réseaux d'eau, d'électricité, de transports, sans parler du potentiel touristique. 
"Nous recevons de nombreuses délégations dans notre pays, de différentes
nationalités"
, explique le président des chambres de commerce birmanes Win Aung. " P as seulement d'Asie mais aussi d'Europe et des Etats-Unis, et nous
connaissons une amélioration formidable des investissements
".

Echanges limités

Pour l'instant, les échanges entre la France et la Birmanie restent limités. Le montant des exportations françaises atteignait à peine 18 millions d'euros en 2011, soit 0,16% des exportations françaises vers l'Association des nations de l'Asie du sud-est (ASEAN). Nicole Bricq, la ministre du Commerce extérieur, fixe un objectif ambitieux : multiplier par dix, en trois ans, le montant des exportations vers la Birmanie. 

Mais faire des affaires en Birmanie n'est pas simple. Le pays sort de 50 années d'économie administrée, et c'est un des Etats les plus corrompus au monde. La junte n'est certes plus au pouvoir, mais les militaires détiennent, de droit, 25% des sièges au Parlement. Quant au gouvernement civil, il est en fait essentiellement composé de retraités de l'armée. 

Les droits de l'homme en question

Présent depuis 1992 en Birmanie, Total avait  été accusé par des ONG d'avoir eu recours à du travail
forcé. Aujourd'hui, Total est cité en
exemple par Aung Sang Suu Kyi elle-même, comme modèle de "développement responsable ".

Pourtant à Rangoon, les opposants au régime,
qui peuvent désormais s'exprimer plus librement, s'inquiétent des
conséquences de cet afflux d'entreprises étrangères. Debbie Stothard, la
représentante de la Fédération internationale des droits de l'homme en
Birmanie, rappelle "qu'en un an et demi, le gouvernement a
récupéré des centaines de milliers d'hectares pour le développement commercial. Imaginez le nombre de personnes qui ont été expropriées. Quand les entreprises
voient des opportunités, sur le terrain les populations, elles, voient des
menaces
".   

NayPyiDaw, la capitale fantôme de la Birmanie

En 2005, la junte birmane décide de déménager la capitale, et crée ex nihilo une nouvelle ville, à plus de 300 kilomètres de Rangoon, pour abriter les bâtiments officiels. Plusieurs théories tentent d'expliquer le pourquoi de ce déménagement brutal à Naypyidaw, "Siège des rois ". Mais il est possible que la décision de changer de capitale ait été influencée par les astrologues de la junte militaire. Ainsi que la crainte de l'opposition grandissante à Rangoon.