Chômage, emplois aidés, conjoncture : à quoi joue François Hollande ?

Le président continue de se montrer optimiste, malgré les mauvais chiffres et les prévisions négatives.

François Hollande lors de l\'ouverture de la deuxième conférence sociale de son quinquennat, à Paris, le 20 juin 2013.
François Hollande lors de l'ouverture de la deuxième conférence sociale de son quinquennat, à Paris, le 20 juin 2013. ( PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)

Le chômage va augmenter jusqu'à la fin 2013. Les prévisions de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publiées jeudi 20 juin, n'arrangent pas François Hollande, qui maintient, contre vents et marées, son objectif d'"inverser la courbe du chômage" d'ici la fin de l'année. Ce n'est pas la première fois que les chiffres de l'économie ou une projection négative rattrape le locataire de l'Elysée. Et ce n'est pas non plus la première fois qu'il continue d'afficher son optimisme. Francetv info décrypte la communication positive du président avec trois exemples.

1Courbe du chômage : il maintient sa promesse parce qu'il n'a pas le choix

Ce qu'il dit. La France connaît un nombre de chômeurs record, supérieur à 3,2 millions de personnes. Jeudi, en ouvrant la deuxième conférence sociale, le président a prédit que le chômage allait "continuer, hélas, encore à progresser jusqu'à la fin de l'année". Toutefois, il a, une fois de plus, martelé son objectif : "Inverser durablement la courbe du chômage, pas un mois, pas deux mois, durablement (...) à la fin de l'année."

Interrogé vendredi en marge de sa visite au Salon du Bourget, François Hollande a balayé les prévisions de l'Insee : "C'est la différence entre la prévision et la volonté, entre le pronostic et l'engagement."

"Le malheur, c'est que personne d'autre ne partage la conviction présidentielle", commente le quotidien économique Les Echos, dans son édito du 21 juin. Peu importe, le chef de l'Etat peut compter sur son gouvernement pour relayer sa confiance inébranlable.

La raison. "C'est le rôle d'un président de la République que de ne pas rester les bras ballants à regarder l'eau couler dans le fleuve", a déclaré le ministre du Travail, Michel Sapin, vendredi sur RTL. Et d'ajouter : "Un président de la République qui vous dirait 'Quoi qu'on fasse, quoi qu'on décide, le chômage va augmenter et augmenter sans cesse', vous diriez quoi ? (...) On se dirait 'A quoi ça sert qu'il soit là ? Pourquoi est-ce qu'on l'a élu ?'"

François Hollande reste donc ferme dans son discours, d'une part parce qu'il n'a pas le choix, d'autre part pour légitimer sa place à l'Elysée.

2Emplois aidés : il compte dessus pour embellir les chiffres

Ce qu'il dit. "Si je ne devais retenir qu'un seul sujet, ce serait celui de l'emploi", a insisté François Hollande en ouvrant la conférence sociale. Pour gagner cette bataille, le président compte sur sa "boîte à outils", qui comprend notamment les contrats de génération et les emplois d'avenir. Il assure d'ailleurs un service après-vente intensif, comme il l'a fait jeudi, ou encore en avril, aux Mureaux (Yvelines) :

Mais ces mesures peinent à convaincre. "On voit bien que ni les emplois d'avenir, ni les contrats de génération ne peuvent constituer même le début d'une solution. Il ne reste donc plus que la méthode Coué, que François Hollande pratique avec constance", raille le site classé à droite Atlantico. De son côté, le Conseil d'analyse économique a estimé, en avril, que les deux dispositifs phares du gouvernement sont mal ciblés.

Bref, les critiques se multiplient, mais François Hollande ne dévie pas. Il a d'ailleurs indiqué jeudi que les emplois aidés monteront en puissance, pour atteindre 440 000 contrats signés fin 2013.

La raison. Ces mesures pourraient l'aider à tenir son engagement. Pour Europe 1, "François Hollande n'a jamais dissimulé qu'il est décidé à sortir le carnet de chèques de l'Etat pour inverser la courbe du chômage". Une méthode qualifiée de "vieille maladie française".

A droite, on en profite pour accentuer le trait. "Le seul artifice sur lequel compte François Hollande, c'est une utilisation massive des contrats aidés en fin d'année", a estimé l'ancien Premier ministre François Fillon, dans un entretien au Figaro. Le député UMP de la Drôme Hervé Mariton a évoqué, lui, un "maquillage"

Le Journal du Dimanche mentionne également la formation, comme mesure palliative mais pas comme solution. En effet, "quand il est en formation, le demandeur d'emploi n'apparaît plus dans la catégorie A, celles des 'demandeurs d'emploi sans emploi'", explique l'hebdomadaire.

3Conjoncture : il voit midi à sa porte

Ce qu'il dit. Le chef de l'Etat a assuré, le 8 juin, lors d'un déplacement au Japon, que "la crise dans la zone euro est terminée" alors que le taux de chômage y a atteint un nouveau record en avril, à 12,2%. "Des propos qui tiennent beaucoup de la communication", commentait le site de La Tribune.

François Hollande avait déjà affirmé, en décembre 2012, que la crise de la zone euro était "derrière nous", rapportait Atlantico. La chancelière allemande, Angela Merkel, avait alors tempéré : "Je ne peux pas encore lever l'alerte complètement, je suis prudemment optimiste." Ce qui n'a pas empêché le président de répéter les mêmes mots en février.

Et il pose le même diagnostic pour la France. Le "moment le plus difficile est passé", a-t-il affirmé le 15 mai à Bruxelles (Belgique), indiquait le Journal du dimanche. Pourtant, au château, on dit le contraire. "Les difficultés restent devant nous", ont confié des conseillers au journal Les Echos.

La raison. D'après le quotidien, le président est optimiste "par nature", mais aussi pour rassurer : "Conscient de l'importance de la psychologie dans les mécanismes économiques, le chef de l'Etat veut insuffler de l'espoir." "Il faut donner de l'espérance, sinon, comment mobiliser le pays ?", soulignait un proche du chef de l'Etat, le 31 décembre 2012, avant qu'il ne présente ses vœux aux Français pour l'année 2013.

Finalement, François Hollande n'a pas abandonné le vœu pieux formulé lors de la campagne présidentielle : "Réenchanter le rêve français".