Mais à quoi joue Elon Musk en annonçant la sortie de Tesla de la Bourse ?

Le gendarme de la Bourse américaine a ouvert une enquête pour s'assurer de la véracité des annonces d'Elon Musk, qui assure avoir "sécurisé les financements" pour retirer Tesla du marché boursier. 

Elon Musk, le directeur de Tesla, le 19 juillet 2017. 
Elon Musk, le directeur de Tesla, le 19 juillet 2017.  (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)

L'annonce, en seulement deux phrases et 52 caractères, a fait son petit effet. Le tweet d'Elon Musk, mardi 7 août, dévoilant sa volonté de sortir son entreprise Tesla de la Bourse, était une manière bien inhabituelle d'annoncer une telle décision stratégique. Cette déclaration publique n'avait même pas été convenue au préalable avec le conseil d'administration de Tesla, rapporte le New York Times. Cela a pris de court les marchés, provoqué une flambée des titres de Tesla et entraîné une interruption du négoce du constructeur automobile. 

Franceinfo tente de mettre au clair les enjeux de cette annonce et de cette éventuelle opération. 

Pourquoi vouloir sortir Tesla de la Bourse ?

Les entreprises cotées doivent publier leurs résultats tous les trimestres, de bons chiffres donnant un coup de fouet à l'action, de mauvais l'affectant. Tesla, en pointe dans le domaine des voitures électriques, n'a jamais dégagé de bénéfices sur une année entière en 15 ans d'existence. Et les retards de production de la Model 3, censée transformer le groupe en un constructeur automobile de masse, sont devenus un boulet boursier, d'autant que la société brûle environ un milliard de dollars par trimestre.

Le patron du groupe n'a jamais caché son aversion pour les spéculateurs, dont il se moque régulièrement sur son compte Twitter. En retirant Tesla de la Bourse, il souhaiterait que son entreprise puisse ainsi travailler dans un environnement serein et moins volatil.

Pourquoi son annonce est controversée ? 

L'annonce d'Elon Musk a fait flamber le cours de l'action Tesla. Kalman Isaacs et William Chamberlain, deux financiers qui spéculaient sur la chute boursière de Tesla, ont porté plainte vendredi 9 août, accusant Elon Musk et Tesla d'avoir tout fait pour gonfler "artificiellement" le cours. La SEC, le gendarme de la Bourse américaine, a ouvert une enquête pour s'assurrer de la véracité des affirmations d'Elon Musk et pour savoir s'il était bien en contact avec des organismes ou des personnes susceptibles de l'aider à financer une telle opération. 

Ce ne serait pas la première fois qu'Elon Musk s'avance un peu trop rapidement dans ses déclarations sur Twitter, souligne The Guardian. En 2017, il avait tweeté avoir reçu "un accord oral de la part du gouvernement" au sujet de la construction d'un Hyperloop (un train à très grande vitesse) connectant Philadelphie, Washington DC et Baltimore, avant que cette information soit infirmée par un conseiller de la Maison Blanche. 

Dispose-t-il des financements nécessaires ?

Le milliardaire sud-africain de 47 ans a indiqué que l'opération se ferait au prix de 420 dollars par titre, valorisant ainsi Tesla à plus de 71 milliards de dollars, contre près de 61 milliards actuellement. Dans l'hypothèse où il garderait sa participation de 20 %, il devrait donc débloquer environ 50 milliards pour finaliser la transaction - mais le coût pourrait être revu à la baisse si de grands actionnaires décidaient de ne pas céder leurs parts.

Dans l'espoir de dissiper les doutes sur le financement de cette opération, Elon Musk a assuré lundi 13 août dans un post de blog que "deux tiers" des actionnaires allaient garder leur participation et qu'il menait des discussions avec le fonds souverain saoudien (PIF). Lors d'une dernière rencontre le 31 juillet, le gérant de PIF "a exprimé vigoureusement son soutien pour financer un retrait de la cote de Tesla", assure Elon Musk. Le patron de Tesla a également révélé que le fonds saoudien a acquis récemment une participation au capital de son entreprise, à hauteur d'environ 5 %.

Ces explications suffiront-elles à dissiper les doutes des investisseurs ? Rien n'est moins sûr. Après ces dernières annonces, le titre a fini en baisse de 0,26 % à Wall Street. D'autre part, selon le New York Times, plusieurs personnes proches du fonds ont fait savoir que celui-ci n'avait engagé aucune des procédures nécessaires pour une transaction de cette ampleur, comme par exemple rédiger les termes d'acquisition, ou même embaucher un conseiller financier pour travailler sur cet accord.