Ascoval : une sénatrice demande au gouvernement de "tordre le bras de Vallourec" pour qu'il accepte le projet de reprise de l'aciérie

Valérie Létard, sénatrice centriste du Nord, interpelle Emmanuel Macron sur le sort de l'usine menacée de fermeture dans le Valenciennois.

Valérie Létard, sénatrice Union centriste (UC) du Nord et vice-présidente du Sénat, le 23 octobre 2018 sur franceinfo.
Valérie Létard, sénatrice Union centriste (UC) du Nord et vice-présidente du Sénat, le 23 octobre 2018 sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Valérie Létard, sénatrice Union centriste (UC) du Nord et vice-présidente du Sénat, demande au gouvernement de "tordre le bras de Vallourec" pour que le groupe, qui a rejeté le projet de reprise de l'aciérie Ascoval par Altifort mardi 23 octobre, l'accepte finalement. Le gouvernement montrera ainsi qu'il n'est pas le "complice de Vallourec, fossoyeur de l'aciérie" dans le Nord, estime l'élue. Le tribunal de grande instance de Strasbourg doit se prononcer mercredi sur l'avenir d'Ascoval.

franceinfo : Que demandez-vous au gouvernement ?

Valérie Létard : Je réclame que le gouvernement ne se contente pas de dire que la position de Vallourec est inacceptable, mais qu'il dise à Vallourec ce qu'il exige, ce qu'il attend. N'oublions pas que l'État, au travers de la Banque publique d'investissement (BPI), est l'actionnaire principal du groupe et que le communiqué que nous avons tous découvert hier mentionne bien que le conseil d'administration de Vallourec a rejeté le projet d'Altifort tel qu'il est aujourd'hui à l'unanimité. Dans l'unanimité, il y a qui ? Il y a la BPI, et donc l'État. Donc aujourd'hui, ce qu'on demande tout simplement au gouvernement et au président de la République, c'est de dire si oui ou non il cautionne la position de Vallourec ou si au contraire il est en capacité et il souhaite vraiment dire à Vallourec de changer son fusil d'épaule, de revenir sur sa décision. Certes, il y a certainement à obtenir du tribunal demain qu'il ne tranche pas pour solde de tout compte, mais par contre qu'on ne reporte pas aux calendes grecques la décision, car les salariés, cela a été dit, n'en peuvent plus. Cela fait quatre ans que ça dure. Cela fait quatre ans que, par vagues successives, on fait des licenciements dans cette usine en leur promettant que c'est pour assurer la pérennité d'un site.

À ce propos, pensez-vous que le site ait réellement un avenir ?

Je rappelle que ce site, cette aciérie qui est dans le Valenciennois, a bénéficié de 200 millions d'euros d'investissement en 2008, c'était hier, elle est neuve. Elle est située en plein cœur d'un pôle industriel où vous avez Alstom, Bombardier, PSA, Toyota. Vous avez Renault Douai à proximité. Vous avez Agrati qui est un équipementier qui est à 10 kilomètres de là. C'est-à-dire qu'on est dans un écosystème industriel, filière courte. Il y aura des clients derrière. On sait qu'Altifort est en capacité de, demain, montrer qu'il y a du débouché. Ce qu'on demande juste à l'État c'est de tordre le bras de Vallourec et d'accompagner, il y a des outils financiers qui sont à disposition du gouvernement pour accompagner un projet comme celui-là. La région va mettre 14 millions d'euros, elle s'est engagée à le faire. La communauté d'agglomération de Valenciennes, 200 000 habitants, est prête à mettre 10 millions d'euros. Pourquoi ? Parce qu'il y a 1 000 emplois derrière en jeu, et pas seulement. Il y a un avenir. Par exemple, à côté de cette aciérie, il y a une tuberie. Croyez-vous que demain s'il n'y a plus l'approvisionnement en acier ça va continuer, que ce ne sera pas l'étape suivante ? Ça veut dire tout simplement que quand on a un outil de qualité, une des aciéries les plus modernes d'Europe, on ne peut pas jeter ça. Tous les feux sont au vert, les salariés ont fait des efforts, ils ont accepté des plans sur le temps de travail, on a toutes les collectivités qui mettent la main au porte-monnaie, tout simplement parce que tout le monde croit au projet d'Altifort.

Est-ce un test pour le gouvernement ?

Est-ce que le gouvernement veut être complice de Vallourec, fossoyeur de l'aciérie et pour moi de la filière acier dans le pays ? Ou au contraire est-ce que l'État, son ministre de l'Économie, et notre président de la République, qui va venir le 8 novembre dans le Nord, veulent bien nous dire enfin que ce pays, ils le portent et qui sont fiers de relancer et de redresser leur industrie ? Est-ce que la France est un pays d'industrie autant que de service ? Nous, nous considérons qu'un pays qui marche sur ses deux jambes et qui a une économie solide, c'est un pays qui défend son industrie. L'industrie en région Hauts-de-France, c'est 300 000 emplois. Vous imaginez bien qu'on ne peut pas entendre que l'État se départe de cette idée que l'industrie fait d'un pays un pays fort.

Emmanuel Macron va bientôt venir dans le Nord. Allez-vous boycotter sa visite si le dossier d'Ascoval n'est pas réglé ?

Évidemment. Mais comment peut-il venir nous voir alors qu'il est venu il y a encore quelques semaines de cela. (…) Quand il nous a rencontrés, il a dit qu'il prendrait soin de faire en sorte que la suite d'Ascoval soit sous de meilleurs auspices puisqu'il a dit "vous pouvez dormir sur vos deux oreilles". Moi, à titre personnel, il est clair que je ferai plus que manifester mon mécontentement et que je serai aux côtés des salariés si demain ce projet ne voit pas un aboutissement favorable. Quand je dis un aboutissement favorable : qu'enfin Vallourec ne passe pas son temps à montrer que ce projet ne vaut pas le coup, mais qu'au contraire, Vallourec se mette autour de la table avec le repreneur et l'État, les collectivités qui sont au rendez-vous, pour trouver les voies et moyens point par point de régler ce sujet. Il y a une sortie possible à condition que Vallourec ne soit pas là pour tuer le projet. Nous voulons que cette industrie survive et, ce n'est pas survivre, elle a un avenir et elle peut créer des emplois demain.