Conquête spatiale : "avant 2050, des Humains auront marché sur Mars"

L'affirmation vient de l'ancien spationaute, Jean-François Clervoy. Il profite du jour anniversaire des 60 ans de la NASA pour se féliciter sur franceinfo d'une véritable coopération entre les agences spatiales et les perspectives de conquête qu'elle promet.

L\'astronaute Ricky Arnold, en sortie dans l\'espace, le 15 juin 2018.
L'astronaute Ricky Arnold, en sortie dans l'espace, le 15 juin 2018. (NASA / MAXPPP)

Le 29 juillet 1958 était créée la NASA, l'agence spatiale américaine, devenue le symbole de la conquête spatiale. Pour Jean-François Clervoy, ancien spationaute et auteur de "Histoire de la conquête spatiale", cet anniversaire est aussi l'occasion de célébrer nos réussites européennes : même "la NASA a reconnu notre capacité à faire de grandes explorations comme eux", explique-t-il.

Une véritable coopération s'est désormais instaurée entre les différentes agences et selon lui, elle s'incarnera dans les prochains grands rendez-vous de la conquête spatiale : le retour de l'Humain sur la Lune et l'exploration de Mars.

franceinfo : Quand on pense à la NASA, on pense forcément à la Lune, à Neil Armstrong, aux missions Apollo ?

Jean-François Clervoy : Oui, bien sûr et j'ai eu la chance et l'honneur d'être intégré dans le groupe d'astronautes 14 de la NASA. Quand je suis arrivé à Houston [Texas], il y a avait encore les vétérans de l'époque Gemini, Apollo. John Young a été mon instructeur et je me sentais vraiment au coeur de l'Histoire de l'espace. J'avais été choisi par l'Agence spatiale européenne [ESA] pour animer les 50 ans de notre agence, qui ne doit plus envier quoi que ce soit à la NASA, parce qu'on réalise les mêmes grandes choses. Quand la NASA a reconnu - "chapeau bas à l'ESA" - notre capacité à faire de grandes explorations comme eux, avec des robots et des vols habités, j'ai compris que nous étions maintenant, en Europe comme aux États-Unis, une grande puissance spatiale capable de faire avancer la connaissance. On l'oublie souvent, mais dans NASA il y a le mot "aéronautique". C'est grâce aux grandes avancées en aéronautique que la NASA a pu créer l'espace. La NASA a créé les profils d'ailes d'avion et a créé les souffleries qui ont permis de mettre au point le bouclier thermique de la navette spatiale. Bien sûr, la NASA est l'agence qui a mis les premiers Humains sur la Lune.

La NASA a perdu sa suprématie. Il y a une vraie coopération avec l'Europe et la Russie ?

Oui, la NASA le reconnaît : pour réaliser de grands projets, il faut des partenaires. L'Agence spatiale européenne était déjà partenaire pour le programme de navette. C'est nous qui avons fabriqué le "space lab", le module de laboratoire de recherche qui occupait toute la soute de la navette. L'ESA est l'un des partenaires majeurs de la NASA pour la station spatiale. Nous sommes partenaires dans les missions d'exploration, par exemple le James-Webb Telescope, ce téléscope qui va succéder à Hubble, que j'ai eu la chance d'aller réparer dans l'espace en 1999. Ce sera un téléscope extrêmement puissant pour lequel l'Agence spatiale européenne est partenaire. La NASA a toujours la suprématie, d'une certaine façon : c'est l'agence spatiale qui a le plus grand budget, donc qui a l'audace de décider des plus grands programmes. Mais elle entraîne derrière les autres agences, qui montent avec elle et qui l'égalisent parfois.

Parmi ces grands programmes, il y a le retour de l'Homme sur la Lune et Mars. À quelle échéance voyez-vous ces programmes se réaliser ?

La station spatiale internationale va continuer, probablement, vers la fin des années 2020, au moment où l'on sera prêt à envoyer des hommes vers d'autres destinations que l'ISS. Avant 2030, dans les dix ans qui viennent, des Humains tourneront autour de la Lune. Dans les quinze ans qui viennent, des Humains tourneront autour de Mars. Si tout va bien, si on n'a pas de grands problèmes majeurs sur Terre, de guerres ou des problèmes économiques et techniques, je pense qu'avant 2050, des Humains auront marché sur Mars. C'est très difficile de se poser sur Mars, mais on ira et nous, les Européens, on sera toujours aux côtés de la NASA.

Vous avez participé à trois missions. Quel est votre plus beau souvenir ?

C'est probablement un souvenir de mon premier vol spatial, sur la navette Atlantis, dédié à l'étude de l'atmosphère des océans. Par les deux grands hublots de qualité optique du cockpit, nous faisions face à la Terre. Nous étions sur une orbite très inclinée par rapport à l'équateur, donc on survolait une grande surface terrestre. C'est probablement la vue de la Terre, à partir de la navette Atlantis, lors de ma première mission en 1994.